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Qu'ils soient politiques, personnels, ou une réflexion d'un moment, mes poèmes en prose sont des réflexions personnelles qui n'engagent que mon moi interne. Vous pouvez y trouver des sentiments, de l'humour un peu caustique, peut être parfois un peu de clairvoyance, mais jamais de méchanceté. N'hésitez pas à me donner votre avis.

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Insomnie Alphabétique

INSOMNIE ALPHABETIQUE

Les paupières closes, j'essaie de contenir le flot des caractères qui m'assaillent, ma chambre est un livre ouvert d'où s'échappent mots, phrases, lettres menant une danse endiablée. Ils se choquent, s'entre choquent, s'envoient en l'air, tournent et retournent dans ma tête...A bout de souffle, à bout de nuit, épuisée par tant de mouvements, je cherche la cause de cette surexcitation alphabétique...

Mais non, j'en suis certaine je n'avais pas trempé mes lèvres, passé deux heures de l'après-midi dans un breuvage qui aurait pu ressembler de près ou de loin à de la caféine; ce n'était pas soir de pleine lune, je m'étais levée pour le vérifier...J'avais croqué une pomme, avalé un yaourt, bu un grand verre d'eau, liquide incolore que j'avais déjà remis aux bons soins de mes toilettes immaculées.

Je m'assieds dans le lit, exténuée, mais fort heureuse de ne point avoir de futur ex-compagnon à mes côtés, mon agitation l'aurait certainement dérangé et effrayé par tant d'excitation, il aurait pu faire mine de repartir dans ses pénates. Si c'est ainsi, alors que notre histoire n'a pas encore commencé qu'il y aille et qu'il y reste!

Non, mais tout de même, si j'accepte de partager mes songes avec lui - enfin quand je dors - il pourrait au moins avoir la bienséance en cas d’insomnie de compatir et de m'aider à compter mes moutons. Juste nous prendre dans ses bras mes moutons et moi, nous rassurer, essayer de nous comprendre. Mais non tous des égoïstes, ne pensant qu'à leur propre personne.

Mais de qui suis-je donc entrain de parler? Est-ce le fait d'être seule qui me crée cette grosse angoisse, proche de la panique et qui m'empêche de m'assoupir. Je me remémore ma journée, plutôt zen, pas de coup de gueule, pas d'énervements, pas d'excitants et qui plus est voilà quelques jours que je n'ai pas écrits. Est-ce le manque ? Suis-je à ce point droguée à l'écriture pour me créer inconsciemment des insomnies et passer une nuit blanche! Si encore j'avais du talent, si enfin les mots que je formulais dans ma tête pour soulager mes maux, m'ouvraient quelques horizons? Je pourrai effectivement comprendre.

Mais comprendre quoi? Que je veux dormir, alors que le film de ma petite vie de faiseuses de mots continue à se dérouler, impossible de penser à autre chose, j'ouvre les yeux, les referment mais rien n'y fait, ma pensée poursuit inexorablement son chemin au travers de cette nuit, épuisée je l'écoute sans vraiment avoir envie de l'entendre.

Ainsi de concours en concours, de nouvelles en nouvelles après quoi étais-je entrain de courir?

Et pourtant au fond de moi, je savais que c'était ce que je voulais faire. Mais alors pourquoi ne pas accepter d'écrire un roman plutôt que de continuer à m'essayer à des concours? Non ce n'était juste pas pensable! J'aimais cette excitation lorsque j'abordais un thème, me mettre devant mon ordinateur, oublier qui je suis, oublier où je suis, ne plus penser à rien et laisser mon esprit vagabonder au grès de sa fantaisie? Juste mes doigts qui se mettent à taper sur les touches et retranscrivent les sensations épistolaires de mon esprit vagabond. Parfois me dire que je n'existe plus et que c'est un autre «Moi» qui a pris le relai et me dicte souvent vite, si vite, trop vite, tellement vite qu'il m'est impossible de contrôler une orthographe prise en défaut de fautes et qui ferait bondir Pivot. Et puis l'attente...

Stop...Basta, par pitié, je veux dormir!!! Et çà continue...Je n'en peux plus...Impossible de faire dériver mes pensées vers autre chose, le flux de mon esprit se déverse sur moi m'empêchant de rattraper mes moutons pour les compter...Rien n'y fait.

Souvent long, parfois si long pour celui qui ose espérer être primé, enfin l'on apprend que la place a été prise par d'autres mots, d'autres lettres, d'autres histoires. Au fond de soi on le savait, tant de personnes écrivent maintenant avec tellement de talent, tenir bon se dire que l'on n'écrit pas tous pour les mêmes catégories de personnes...Je savais ne jamais pouvoir toucher la sphère trop intellectualisée, mes mots certes ne pouvaient leur convenir, ce sont juste des mots courants, ceux que l'on emploie dans le langage de chaque jour, des mots qui parlent…

 

Insomnie Alphabétique 1

 

Ces mots qui a force d'être utilisés semble parfois vieillis, comme un membre de la famille que l'on a tellement aimé et dont on ne peut se séparer.

Les autres, ceux pour lesquels il faut aller chercher un dictionnaire pour en comprendre le sens, ceux-là je ne peux les employer, j'aurai juste l'impression de les voler, ils me sont tellement étrangers qu'il m'arrive parfois de douter de leur existence!!!

Finalement dans les méandres de ma pensée en pleine nuit blanche, je me dis qu'il est impératif que je continue à écrire, déjà pour moi-même, pour le plaisir, pour prendre soin de mes maux et de mots en mots ressentir le bien être tant attendu.

Pourtant cette nuit d'insomnie, ceux sont des mots en colère, des mots que j'ai dû déranger, des mots qui voulaient sortir et que j'ai brimé, des mots révoltés, en guerre, qui ce soir se manifestent et m'empêchent de sombrer dans les bras de Morphée. A ces mots là je voudrais leur dire que je les comprends, que je compatis, mais que ce n'est pas une raison parce qu'ils se sentent mal, étriqués dans ma tête pour me faire vivre ce calvaire.

Par pitié, dites-moi pourquoi je vous ai blessé, je n'aurai peut-être pas dû aller vous chercher au fond de ma mémoire ou de celle de «cet autre MOI», celle qui m'aide à vous mettre bout à bout, celle qui me pousse sans cesse à taper sur mon clavier, celle qui m'ouvre des horizons nouveaux , qui me raconte des histoires et qui ne se manifeste que lorsque je suis assise devant mon ordinateur...J'étais bien tranquille lorsque que j'écrivais avec mon stylo, essayant de formuler sur le papier les élucubrations de ma pensée, j'avais au moins l'impression de créer, je formais mes lettres, faisais des phrases et m'apercevais que leur assemblage pouvait donner un sens au texte écrit.

Il est vrai que parfois je n'arrivais pas à me relire et peut-être est-ce pour cette raison qu'un jour je décidais de laisser aller mon imagination sur des touches, taper, taper, taper encore, jusqu'à ce que mon dos mis à contribution hurle sa grande douleur.

Soudain, alors qu'il me semblait m'assoupir des lettres passent devant mes yeux, je leur cours après, essaie de les rattraper, manque de tomber du lit...Un petit saut et voilà je viens de saisir au vol un M...Il me regarde campé sur ses deux jambes et semble se moquer de moi...Pourtant si il savait comme je l'aime ce M...Maman, mariage, magnifique, monde, mouvement...Voilà que la farandole continue, un E ...Enigme, empathie, écrivain, érudit. Puis un S...Sourire, sourcil, sarabande, saperlipopette...Oh un I...Imagination, idiome, immature, immaculée...Un O...Organisation, orage, ovoïde, oublie...Non pas encore un M...Maladie, maudit, malédiction, malchance, mort...Je n'en peux plus, est-ce un signe de l'univers, vais-je donc finir de respirer ici et maintenant, et c'est à ce moment-là que je vois un L se précipiter sur moi...Lent, long, large, laid.

Je tente de lire le mot écrit MESIOML, inconnu me dis-je, ils doivent être dans le désordre, je les mélange à nouveau OMMELIS, non phonétiquement peut-être! Mais qu'allais-je faire d'eux si ils décident de ne pas s'assembler, je cherche encore, soudain il me saute aux yeux SOMMEIL, ainsi donc on me nargue, non seulement on m'empêche de dormir, on m'oblige à passer une nuit blanche, mais de surcroît on se permet de signer son méfait.

Je décide donc d'arrêter de me battre avec eux, je tends la main et saisis un livre sur ma table de nuit, si je les ignore, ils me laisseront tranquille et je pourrai enfin m'assoupir. J'ai toujours au pied de mon lit une pile de livres à lire ou à relire pour distraire mes insomnies. Impossible de lire, les lettres dansent devant mes yeux au point d'y voir trouble...Je décide donc d'essayer la tablette tactile et d'ouvrir un de ces jeux que mon petit-fils m'a téléchargé. Il n'y a pas de lettres que des images, j'allais enfin leur faire barrage et leur montrer qui est le Maître de mes nuits. Je commence donc à cliquer et me retrouve en prise avec Candy-crush, c'est quoi ce délire, je n'y comprends rien, je dois éliminer de la gélatine, idiot comme terme, mou, gluant, immangeable, cela me fait penser à ma cellulite, des losanges oranges se battent avec des carrés, des ronds, de toutes les couleurs et je ne sais même pas comment faire. Je passe mes nerfs sur le clavier et me dis que je n'avais rien vu de plus stupide, lorsque soudain en plein milieu de l'écran je vois s'inscrire la lettre P...Papa, papou, papounet, paradis, enfin tel un chevalier il venait à mon secours pour me sortir de cette horrible nuit !!!

Insomnie Alphabétique 2

 

C'était lui pas de doute et il ne savait comment se manifester, mais lorsque je regarde de nouveau l'écran, plus rien, mon héros a disparu...

Je pose la tablette, commence à me dire que je deviens folle et que je dois absolument me ressaisir.

Je suis bien réveillée avec l'impossibilité de me rendormir, je ne suis pas victime d'un affreux cauchemar, puisque je suis en éveil. C'est alors que tout s'accélère, les lettres arrivent sur moi à grande vitesse, je les évite me baisse, roule, saute dans mon lit...Je dois faire quelque chose, me lever, me laver, m'habiller, ces gestes habituels ces gestes de tous les jours chasseront ces intrus.

Me faire un café bien chaud, le liquide bouillant qui descendra le long de mon œsophage, leur indiquera d'aller perturber quelqu'un d'autre.

De toutes les façons, je n'en ai que faire, ni à ce moment-là et encore moins à cette heure-là, je dois le leur faire comprendre, cela devenait urgent. C'est alors qu'un U, me frappe sur le crâne me laissant presque inconsciente...Ubuesque, ululement, ultimatum, unanime. Je me relève quand je suis attaquée coup sur coup par un C...Cage, caméléon, coup, couteau...Puis un D, oui c'est surement lui qui est en train de me rendre folle le démon, dévoyé, dantesque, dormir, oui dormir!

C'est alors qu'un F s'approche de ma main et semble me montrer un chemin...Fée, force, fadaise, fulgurant. Je me force à tenir mes yeux grands ouverts pour faire cesser cette attaque et décide d'y mettre fin en me levant. Je regarde la paume de ma main et aperçoit le F qui se love à l'intérieur, ce n'est que lorsque je décide de mettre mes chaussons, que baissant les yeux je vois mon pied droit posé sur le K et mon pied gauche sur le H...Je me laisse aller à une régurgitation de mots qui sortent de ma bouche de façon saccadée...Kamikaze, kidnappeur, ku Klux Klan, haine, halluciné, harceleur, hareng...J'ai du mal à reprendre mon souffle; je suis au bord de la folie. Mon esprit n'arrive plus à analyser, c'est donc cela l'aliénation, je suis atteinte du syndrome de l'écrivain si il existe.

Touchée au vif, au plus profond de mon être. Est-ce un signe? Dois-je abandonner l'écriture, dois-je renoncer ? Je fais quelques pas, un Z et un Q sont allongés parterre comme si ils se prélassaient au bord d'une rivière ou bien d'une plage, je cherche de l'eau mais n'en trouve pas , et me dis «Zut, c'est quoi ce zèbre zélé, qui parle avec ce quidam, ce quadragénaire»...Plus d'autres mots n'osent sortir de ma bouche, je me sens vide de sens et voyant un S se profiler à l'horizon, un seul mot hante à ce moment-là ma tête et j'en ai la triste révélation, je suis atteinte de schizophrénie. Que faire appeler les urgences, le SAMU, attendre demain pour aller consulter à l'hôpital, je suis tétanisée, mais continue à avancer, chaussée de mon K et de mon H...Je décide néanmoins d'aller me faire un café, perdre mon corps dans des actions journalières, attirer mon esprit, l'emprisonner dans une tasse, l'empêcher de réfléchir, de penser, juste ce geste familier et cet inconditionnel breuvage tant attendu, ce compagnon indispensable d'une fin de nuit blanche...Le Yin et le Yang...Mais devant l'évier se dresse un B avec ses deux ventres...Bedonnants, ballons, barricades, barreaux...Je le pousse de toutes mes forces, il résiste, se scinde en deux pour laisser place à un W, là s'en est trop, mon corps épuisé s'affale sur un tabouret et je m'entends ânonner, wagon, watt, web, whisky. Oui voilà ce qu'il me faut un alcool bien fort qui va chasser les intrus qui sont dans ma tête. Je me lève et suis littéralement pourchassée par un G, un J, un V, un X, un Y, il me semble alors que tout l'alphabet s'est déversé sur moi, je me jette au sol et me mets à vomir des mots, galère, galeux, jeune, juger, voyou, vociférer, xénophobe, yangchuanosaurus. Le dernier me laisse dans un état comateux, mais où donc suis-je allé le chercher celui-là ! Il n'est pas à moi j'en suis certaine, une autre personne est entrée dans ma peau et ce dernier mot sorti de la pré-pré-histoire va me dévorer. Je suis là allongée sur le sol, les bras en croix, prête à je ne sais quel sacrifice, des larmes coulent de mes yeux, je me vois enfermée dans un hôpital psychiatrique, une camisole de force m'empêche de bouger. Je suis seule, plus aucuns mots ne hantent ma tête, je ne réagis plus, je suis devenue le néant. Plus rien ne m'appartient et je n'appartiens plus à personne. Je sens, alors que j'échafaude un avenir triste et noir, une caresse sur mon bras, comme une plume qui se pose sur moi, je relève la tête, c'est alors que mon regard est ébloui par un A blanc, immaculé, un seul mot me vient à l'esprit : Ange...Il est enfin venu me délivrer, il va me rendre ma vie, mes pensées, mon univers.

 

Insomnie Alphabétique 3

 

Je regarde autour de moi, ouvre grand les yeux, attends que le miracle arrive enfin et me libère de cette insomnie alphabétique. Je suis assise sur mon lit, plus aucunes lettres autour de moi, je cherche en vain un signe et j'aperçois mes chaussons sagement rangés, mon regard se perd tout autour de la chambre, mais rien...Je ne sais plus qui je suis, quelle est la réalité, qu'avais-je vécu...

 

Doucement le monde revient en moi, tout est à sa place. Je me réveille lentement, presque tranquillement, pas de camisole de force, je réintègre le cours de ma vie et je dois me rendre à l'évidence, j'ai juste rêvé, mais quel rêve!!! Entre songe et réalité je pense alors et je ne sais pourquoi à la couleur blanche, ma chemise de nuit ne l'est pas, mais cette nuit là elle l'était, j'en suis sûr. Je l'avais vécue et je ne suis pas prête de l'oublier. L'aube annonce au travers des persiennes le jour qui se lève, une envie fulgurante de café me traverse, je pense alors à la Nouvelle que je dois écrire et dont pour le moment je n'ai que le titre, INSOMNIE ALPHABETIQUE...

Sylvette...3ème prix concours de Nouvelles...Fleury Les Aubrais....2017

 

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