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Qu'ils soient politiques, personnels, ou une réflexion d'un moment, mes poèmes en prose sont des réflexions personnelles qui n'engagent que mon moi interne. Vous pouvez y trouver des sentiments, de l'humour un peu caustique, peut être parfois un peu de clairvoyance, mais jamais de méchanceté. N'hésitez pas à me donner votre avis.

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CHUT!!! JE TOURNE MON DERNIER FILM...

Le monde semble endormi. Survivante! Je suis une survivante...

Combien sommes-nous? Aucuns bruits ne viennent briser le silence ambiant, j'ose à peine respirer. Mon cœur s'affole, je l'entends qui frappe à la porte de la peur qui s'installe en moi crescendo...Mes sens en éveil tentent d'analyser, de comprendre pourquoi tout à coup la vie ne semble plus habiter le monde qui m'entoure. Ma respiration me gêne, je lui intime l'ordre de ralentir, je ne sens qu'elle, elle va, vient, court au travers de mon corps, s'emballe, je manque d'air, l'angoisse me serre la gorge, je rentre en apnée. Plus aucune sensation, plus de toucher, ni d'ouïe, pas de visions sauf celles que mon esprit me propose, pas de sons qui sortent de ma bouche. Ma vie semble avoir déposé les armes.

J'essaie de me mettre en harmonie avec le silence pesant qui m'entoure. Suis-je donc déjà dans le monde des ténèbres? Aucune lumière ne vient éclairer mon horizon, aucun son extérieur aux miens ne vient m'assourdir, je voudrais parler mais mes lèvres semblent scellées. Quelqu'un viendra t-il a mon secours? Je prie, mais qui ou quoi, j'en appelle à mes anges. Pourquoi n'ont-ils pas été là...M'auraient-ils abandonné ?

Avons-nous été victimes d'un big-bang, d'une bombe atomique? Pourquoi ce brouillard épais. Je n'ai plus froid, la chaleur de mon corps est impalpable. Je respire mais n'existe plus. Alors me vient une drôle d'idée, peut-être m'as t-on enterrée vivante pensant que j'étais morte...Il me revient en tête des bribes de romans ou de films. Comme l'histoire de cet homme tombé dans un coma éthylique considéré comme mort et ayant pour ses semblables accompli là son dernier voyage et qui se réveille in extremis à la morgue. Sur cette dernière vision, soudain une boule de feu se présente à moi, m'entoure me cerne.

 

De toute évidence, je ne peux pas être enterrée, je devrais être incinérée, brûlée, réduite en cendres, puis mélangée à la terre d'une jeune pousse, telles étaient mes dernières volontés. Laisser un arbre vivant où amis et passants pourront s'appuyer, converser, se mettre à l'ombre d'un feuillage touffu, entendre des cris d'enfants qui joueront a cache-cache ou tourneront tout autour...C'était mieux pour moi qu'une pierre tombale froide et triste et des allées de cimetières où des familles éplorées viennent tenter de déposer leur peine ou parfois leurs griefs...
 

Je suis juste vivante a l'intérieur de mon corps et morte a l'extérieur...

Quelle drôle d'impression!
Ma vie se déroule doucement, la vision de la pierre tombale m'a fait souvenir de ma première véritable approche avec la mort...Celle de ma grand-mère, j'ai quinze ans, elle m'a élevé palliant souvent à l'absence de mes parents qui semblent avoir une vie mondaine très prenante. Je vois juste un cimetière et un cercueil que l'on descend en terre. Mon père est éploré, mais il ne pleure pas, il reste digne...

Chut, ne pas faire de bruit, laisser la grand-mère se reposer. Tous les dimanches matin pendant l'année qui suivra il la visitera..Que pouvaient-ils bien se raconter? Le lien se tire, s'étire puis normalement se distend. Mais là malheureusement, la grand-mère qui maniait bien les ciseaux, le fil et les aiguilles avait dû prendre un fil élastique car il ne se distendit pas et une semaine après mon seizième anniversaire nous enterrions mon père lui qui aurait voulu être incinéré.
 

Le grand-père maternel qui ne badinait pas avec ce genre de décisions imposa sa loi et une fois de plus, je vis le cercueil descendre dans un orifice et être recouvert de terre...

Je fais comme mon père, je reste digne. Je ne pleure pas, en fait je n'en ai plus le temps, je viens juste de comprendre que ces deux là, m'ont laissé en héritage la femme-enfant qu'est ma mère et que dorénavant je dois gérer ma vie toute seule. Adieu veaux, vaches, cochons, couvées et rêves, je viens de prendre pied avec la triste réalité d’une vie de semi-orpheline.

 

Chut...Tais toi mon esprit tu fais trop de bruit, laisse moi oublier. Il semble pourtant que des vibrations prennent vie autour de moi, certes elles sont pour le moment très légères, mais elles existent. Oui c'est cela, je suis enfermée dans un endroit insonorisé, ce ne sont pas des voix mais des vibrations extérieures qui traversent l'espace et les murs...Ainsi je suis donc vivante, prisonnière, mais de qui et pourquoi? Je ne représente aucune valeur marchande, on ne peut m'échanger contre de l'argent, je n'en ai pas.

Mon corps ne réagit pas, je dois être droguée. Il faut paraît-il un début à tout, sensible comme je suis je vais mourir d'une overdose avant même la demande de rançon. J'aurai tant aimé dire une dernière fois à mes proches et à mes amis combien je les aime et combien j'ai apprécié ce passage sur terre en leur compagnie. Je me demande s’il me sera donné le plaisir d'assister à mon enterrement...Aller jusqu'au bout du bout. Certains pleureront sincèrement mon départ vers cet autre monde, d'autres se raconteront des histoires en aparté juste pour se prouver que eux sont encore en vie et puis il y a les touristes des cimetières, être là, une promenade comme une autre.

Pour l'heure je suis vivante et je dois rassembler mes forces pour sortir de ce chemin que j'ai du prendre par inadvertance. C'est vrai que je suis coutumière du fait. Me fiancer par inadvertance, me marier avec ma belle-mère, mais pas vraiment avec son fils. Je rêvais d'une famille unie avec quatre enfants, j'avais testé deux maris par inadvertance et la seule belle chose que j'avais faite restait mes deux filles. J'essaie toujours de bouger mes membres, rien n'y fait...Quelle drogue a cette extraordinaire puissance pour causer une telle paralysie, juste mes pensées qui continuent de se bousculer dans ma tête et mon sang que je sens courir dans mes veines...Mes yeux sont lourds, impossible de soulever les paupières. Je me demande tout à coup comment ils m'alimentent, je ne ressens pas les spasmes de la faim, aucunes crampes. Visualiser un quelconque mets qui aurait pu me faire plaisir, je force, cherche, je suis vide de nourriture, vide d'appétence...Vont ils me laisser mourir ainsi seule, sans soins, au nom de quel Dieu se permettent-ils de me traiter de la sorte...
 

- Ouvre la grille...
Je suis dans la salle des coffres de la banque où je travaille, je compte la caisse.

- Chut Fred,

dis-je sans lever la tête à celui qui se trouve devant la grille

- Je compte,

- Si tu n'ouvres pas tout de suite, tu vas bientôt compter les vers de terre

Je prends soudain conscience que l'homme qui me parle au travers de la grille n'a rien à voir avec mon collègue. Je lève donc la tête et aperçoit une mitraillette qui me regarde d'un air menaçant. Mi-tremblante, je me lève et ouvre. Ce n'est pas un, mais deux individus qui se glissent dans la salle.

 

 

Ma caisse n'est pas terminée, sont encore visibles deux boîtes de sociétés contenant les recettes de la veille et que je n'ai pas encore ouvertes...L'un des deux individus d'une voix menaçante me demande d'ouvrir les boîtes, elles sont fermées a clef...Mes jambes tremblent de façon si importante qu'elles ne me permettent plus de rester debout. Je m'assieds sans demander une quelconque permission... J'entreprends d'ouvrir les objets de leur convoitise.

Impossible d'arriver à enfoncer la clef dans la serrure, au milieu d'un silence assourdissant on entend que le cliquetis du métal qui a du mal à se glisser dans l'ouverture adéquat tant ma peur est immense.
- Alors, on ne va pas coucher là, tu te dépêches
 

Ce tutoiement me fait l'effet d'une douche glacée, comme par enchantement les boîtes s'ouvrent, je n'ai pas le temps de compter les billets qui s'y trouvent, les deux énergumènes travestis par des postiches les font disparaître dans une besace

  • Ouvre les autres coffres

Ces deux voyous me dis-je commencent sérieusement à «me courir sur le haricot». Comment peuvent- ils me parler ainsi et qui plus est me tutoyer. L'énervement qu'ils provoquent en moi me fait reprendre la maîtrise de mon corps tremblotant, et je m'entends répondre que nous n'avions plus d'espèce papier si ce n'était des sacs de monnaie, le geste joint à la parole, j'ouvre un coffre et leur propose de saisir les dit-sacs. Dédaignant cette manne financière, ils pointent leur arme sur moi et m'intiment l'ordre de monter les escaliers. Au moment où je vois le directeur de l'agence et mes collègues à genoux, les mains sur la tête, je suis prise d'un fou rire, que je ne peux m'empêcher de qualifier de nerveux.
- Tu ne bouges pas de là

Je reste debout adossée contre un mur, entends la porte de l'agence se refermer, je respire profondément, ils sont partis.
Je fais remarquer aux punis qu'ils peuvent se relever, ils me manifestent leur gratitude par des regards qui ne me semblent pas très amicaux et pourtant, ils ne savent pas encore que je n'ai pas ouvert tous les coffres...
Plus tard, je compris que la banque était blindée d'assurances contre les hold-up à défaut de blinder ses agences et que j'avais peut-être risqué ma vie bêtement...Je ne fus ni décorée, ni remerciée encore moins augmentée.
 

De toute évidence, je peux donc me sortir de la situation dans laquelle je me trouve, j'en ai la force. Je dois être à l'écoute de bruits qui peuvent m'indiquer l'endroit où nous nous sommes. Je dois vaincre ceux qui ont volé ma vie en me retenant prisonnière et droguée. Je concentre toutes mes forces à essayer de percevoir le moindre indice qui puisse m'aider. Au bout de je ne sais combien de temps, je ressens des vibrations que je tente de déchiffrer.
 

 

 

 

 

...Pour éviter un énorme trou, je frôle un enfant qui se jette devant ma voiture, il glisse et tombe. Je stoppe mon véhicule pour aller le relever. Sortis de je ne sais où arrivent des hommes et des femmes qui vocifèrent et qui j'en prends tout à coup conscience sont prêts à me lyncher…L’enfant se relève, il n’a rien, mais la foule grandit à vue d’œil.

 

Je suis au Gabon où je vis et le tam-tam remplace le téléphone...Je vois ma dernière heure arriver lorsqu'une voiture stoppe à ma hauteur, un homme blanc en uniforme en saute et m’y précipite à sa place, referme la porte, tandis que celui qui est au volant démarre la main bloquée sur le Klaxon

 

La foule en délire se sépare néanmoins pour le laisser passer, suivi presque collée au pare-choc par ma voiture, conduite par le premier homme. Je viens de faire connaissance avec le Colonel et le Capitaine de la garde présidentielle du Président Bongo. J'ai failli mourir lynchée !!!
 

Une chose est sure, je ne suis pas en Afrique, j'en connais trop les odeurs et les bruits, j'en aurai eu des ressentis, là je ne sentais rien, aucun son, aucune odeur familière, juste ces vibrations...Peut-être des sons de voix qui m'arrivent sous cette forme?

Je dois encore me concentrer...Ma respiration sous l'effet des efforts que je fournis semble s'accélérer, lorsque soudain un éclat de lumière vient illuminer l'épais brouillard dans lequel je me trouve. Il le fend et crée une brèche, je suis horriblement agressée par les mots qui arrivent jusqu'à moi. J'écoute, j'entends, ils me traversent de part en part, s'impriment et finissent par s'inscrire en moi.

Non c'est impossible, je ne suis pas...Il faut me rendre à l'évidence la fin du voyage est finalement très proche...

Je parle aux mots pour qu'ils ne me retiennent pas, vite les renvoyer pour que ceux qui les ont formulés comprennent que cette situation n'est pas humainement dans le domaine des «possibles». Mon dernier combat, atteindre l'éclat qui a provoqué la brèche, vite, très vite avant que mes geôliers ne m'en empêchent, puis enfin et surtout suivre la lumière. La délivrance est proche...

Chut, arrêtez de parler et gesticuler, je tourne mon dernier film. Coupez!!!

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