Qu'ils soient politiques, personnels, ou une réflexion d'un moment, mes poèmes en prose sont des réflexions personnelles qui n'engagent que mon moi interne. Vous pouvez y trouver des sentiments, de l'humour un peu caustique, peut être parfois un peu de clairvoyance, mais jamais de méchanceté. N'hésitez pas à me donner votre avis.
Le Père Noël
Si seulement les herbes folles ne lui avaient pas caché la réalité des faits. Maman lui a bien dit de ne pas s’éloigner, mais chaque jour son terrain de jeu devient trop petit, trop exigu. Chaque jour lorsque sa fratrie s’éloigne à contre cœur vers ce mystère qu’ils appellent l’école, lui Guillaume le plus petit se retrouve seul, livré à lui-même, Maman a trop de travail dans la maison, aussi le laisse t’elle dans le jardin en lui recommandant de ne pas faire de sottises. Mais quelles sottises Guillaume pourrait-il faire ? et puis il y a Dingo le bouledogue chargé de veiller sur lui et qui le suit pas a pas de sa démarche chaloupée et nonchalante, Daisy la tortue qui elle n’est pas amusante du tout car elle rentre dans sa carapace, six mois de l’année, Félix le chat qui entretient des relations de poil hérissé chaque fois qu’il rencontre Dingo et Margot, la poule qui adore venir picorer entre les pates du bouledogue…Tout ce petit monde veille a sa manière sur Guillaume…Parfois Maman l’appelant et n’obtenant aucune réponse les retrouvent couchés sur l’herbe, Guillaume endormi, tétant son pouce, et ses compagnons de jeu protégeant son sommeil. Quelques fois, elle décide de le réveiller pour le goûter, mais parfois c’est la fratrie qui rentrant au galop, va le sortir de sa torpeur et de ses rêves en faisant tintinnabuler avec vigueur la cloche accrochée à la grille qui sépare la rue, du jardin familial. Alors l’enfant affichant un sourire de contentement va se frotter avec plaisir aux plus grands retrouvant ce contact humain fraternel et amical, tellement important à sa vie et à sa survie. Ce n’est que lorsque Maman, appellera la petite meute pour les devoirs que Guillaume retrouvera enfin le chemin de la maison, pour aller s’asseoir tranquillement auprès de ses frères et sœurs qui à demi couché, chacun sur son cahier semblent réfléchir à la difficulté de la leçon ou du problème énoncé. Chaque ainé aidant le plus jeune et Maman soit au fourneau, soit au pliage du linge qui contrôle d’un œil distrait que les devoirs soient bien faits, les cahiers propres sans surcharges. Pendant ce temps le plus jeune de la fratrie armé de crayons de couleurs et d’un papier exprimera son envie de partir lui aussi un jour explorer ce territoire inconnu que l’on appelle l’école et capable de ramener au galop une meute d’enfants.
Ce n’est que pendant les vacances que la fratrie à nouveau réunie se glissera hors du jardin familial pour aller vers le lac pêcher ou se baigner, tous et chacun étant parti de la maison en ayant l’ordre suprême de Maman de surveiller le plus petit…Mais pour l’heure Guillaume, s’ennui, il voudrait bien pouvoir ouvrir la grille du jardin et partir à l’aventure, une fois il y était bien arrivé mais Dingo les crocs bien plantés dans le tissu de son pull l’avait ramené vers la maison. Un matin, comme un adieu à son environnement il se mit à faire le tour du propriétaire, parlant aux arbres, aux fleurs leur racontant son envie si forte d’aller lui aussi à l’école et d’avoir enfin des devoirs à faire…Puis il parla à Félix qui loin de Dingo ronronnait de plaisir au contact des caresses de son jeune ami, qui pour une fois avait renoncé à le tirer par la queue, Daisy la tortue sortie juste la tête de sa coquille semblant l’écouter, Margot sautillant comme à son habitude vint picorer à ses pieds, quand à Dingo, il avait décidé de l’enfermer dans la réserve comprenant que c’était la seule façon de l’empêcher de le retenir. Ce dernier pensant que son jeune ami jouait, avait décidé de s’octroyer un instant de tranquillité, et n’avait pas encore donné de la voix pour contrecarrer les plans de Guillaume.
Enfin libéré de ses habituelles entraves, l’enfant ayant aperçu derrière un fourré un trou dans le grillage décida de s’y glisser et d’aller enfin explorer le monde extérieur qui l’attirait tant.
Cet air de liberté qui tout à coup lui sautait à la gorge, le remplit d’aise et c’est mi-marchant, mi-courant qu’il avança se disant que bientôt, il apercevrait l’école. Les herbes qui habitaient ce champ étaient très hautes, presque aussi hautes que lui et Guillaume avançait sans se rendre compte où il allait, pensant à chaque pas que ce serait le dernier au milieu de ce no mans land. A un moment il entendit bien Maman l’appeler et Dingo aboyer, mais l’appel d’une vie ailleurs que dans le jardin familial était trop fort. Enfin, il lui sembla entrevoir une lumière différente, il commençait à être fatigué, mais il se dit que dés qu’il serait à l’école, il n’aurait plu qu’à revenir avec sa fratrie, certes Maman le gronderait, mais quel bonheur d’y être arrivé. Il commençait à avoir faim, dans sa poche les galettes que Maman lui avait données et qu’il partageait d’habitude avec Dingo et Margot. Il les grignota, et se dit ensuite qu’il avait soif…Enfin une lumière éclaira les herbes et il arriva dans une cour. Il chercha en vain les enfants qui auraient du la peupler, mais personne. Une fontaine l’appelait, il s’abreuva…
Un grand silence régnait, il entendit bien des pas derrière lui, mais se dit qu’enfin Maman l’avait retrouvé et allait le ramener à la maison. Toute la nuit il entendit des voix crier son nom, il aurait bien voulu leur répondre, courir vers eux, il se sentait tout à coup si las, si fatigué, il devait tenir, il savait qu’ils n’allaient pas tarder, il essaya de crier, ce ne fut qu’un murmure qui sortit de sa petite bouche.
Il appela Papa, Maman, égrena le nom de ses frères et sœurs, puis de ses compagnons de jeux, Dingo, Félix, Margot, Daisy...Il sentit ses petites paupières s’alourdir, il ne comprenait pas et au lieu de se sauver comme maman le lui avait dit, si il rencontrait un étranger, il avait suivi cet homme en rouge qu’il connaissait bien puisque c’était le Père-Noël!
Ce n’est qu’au petit matin que les gendarmes trouvèrent au pied d’un sapin enluminé, éternellement endormi son petit corps tout froid, serrant dans sa main, un morceau de tissu rouge.
Sylvette COHEN
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