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Qu'ils soient politiques, personnels, ou une réflexion d'un moment, mes poèmes en prose sont des réflexions personnelles qui n'engagent que mon moi interne. Vous pouvez y trouver des sentiments, de l'humour un peu caustique, peut être parfois un peu de clairvoyance, mais jamais de méchanceté. N'hésitez pas à me donner votre avis.

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Nuit Blanche

Nuit blanche

Vous n’y comprendrez rien et moi non plus. Il est évident que cette nuit sera longue et blanche…Pourquoi pas noire, bleue, rouge, jaune…et même verte…Une nuit sombre, ah non pas ça…trop peur du noir, ce serait tout simplement l’enfer, mes idées elles-mêmes, pourraient se mettre au diapason et ne plus revenir à leur couleur normale…Ne vivre que dans la nuit, ne jamais voir la lumière du jour, oublier ce qu’est le soleil et son doux réchauffement. Oui ce doit être le pire des cauchemars, avancer à tâtons, imaginer des contours, mais ne pas vraiment en voir le contenu. Une nuit en dehors du temps, une nuit qui ne s’ouvrira jamais, une nuit triste sans rêves et sans avenir, juste du noir pour une nuit blanche. Un noir profond, un noir venu des entrailles, un noir sans points lumineux, sans rayures, sans tâches, terrible étendue…Le noir de la tombe, le noir du caveau, le noir du costume des croque-morts, un linceul blanc pour une nuit entre Yin et Yang….Enfoncée dans ce noir qui me tire vers le bas, vers ce gouffre, je me laisse glisser en me disant qu’il n’y aura pas de bout à cette nuit là, juste cette histoire entre elle et moi et plus rien, le néant, le vide…Et pour cause, j’ai quatorze ans, je suis dans un aéroport, celui d’Oran en Algérie, nous sommes en 1962 et mon père vient de nous y déposer avec ma grand-mère. Nous devons attendre un hypothétique avion militaire qui devrait nous rapatrier sur la France, notre Mère-Patrie et plus particulièrement à Marseille, on ne sait quand, on ne sait comment. Des jeunes du contingent patrouillent en permanence dans le but de nous protéger, et la seule chose que je sais, c’est que je vais passer une, deux ou trois nuits blanches en attendant notre sauveur volant. Pas de possibilité de dormir ou a même le sol car rien n’est prévu. Un grand écran noir devant mes yeux qui pleurent, départ et abandon de tout ce que j’ai connu, ne pas sombrer dans la tristesse, je décide de me battre contre la morosité ambiante et de faire de cette nuit et des prochaines, des nuits colorées, habitude qui reviendra tout au long de ma vie chaque fois que le sommeil refusera de m’envahir. C’est dans cette sensation de chute qu’au milieu de cette nuit blanche m’est apparu mon premier mur bleu, le bleu des myosotis, le bleu de ma méditerranée, le bleu d’un ciel d’Azur, juste ce lac bleu qui me repose et plus tard le bleu de Klein qui me hantera. Je reste éveillée, les yeux rivés sur ce bleu, une grande histoire entre lui et moi, l’histoire de ma vie, ma vie que je rêvais toute en bleue. Ne plus penser à rien, me noyer en lui, nager au milieu des dauphins et des baleines, un monde azur, une nuit blanche toute en bleue….Une nuit où chaque Ange aurait sa place, une nuit de rêves bleutés…Je ferme les yeux cherchant désespérément le bleu de ce pull que ma mère m’avait ramené de Paris lors de son dernier voyage avant le rapatriement définitif, ce bleu en adéquation total avec le ciel de mon Algérie Natale. D’habitude, elle tricotait mes pulls, mettant des couleurs, des rayures, des zébrures, ou alors elle faisait des mailles larges, et pour cause, il faisait chaud chez nous même en hiver. Mais là, ce pull était uni et l’étiquette portait la mention « Made in France », ce serait m’étais-je dis le pull de ma première « Boum » que je devais donnée pour mes quatorze ans, un pull qui venait de Paris…Mais ce que je ne savais pas et que personne n’appréhendait ce serait le départ brutal, dans l’urgence vers cette France qui ne nous attendait pas, un mois seulement après la surprise party donnée en mon honneur, avec pour tout bagage une petite valise contenant le fameux pull bleu que je garderai pendant de longues années comme le symbole d’un bonheur et d’une adolescence à jamais disparus.

La nuit s’étire lentement et je foule le ciel propre et sans nuages, un jour de Mistral de cette ville de Marseille qui avec son ciel d’Azur m’adoptera, mais me bousculera parfois sans tendresse. J’enterrerai ma grand-mère paternel qui m’avait élevé l’année de mes quinze ans et mon père l’année de mes seize ans…Mais comment pleure t’on avec un tel ciel d’Azur, rester digne, enfouir peines et pleurs au fond de soi et continuer envers et contre tout et tous à sourire et à vivre au beau milieu du bleu de ma vie.

C’est pourquoi le rouge s’imposera à moi, le rouge de la révolte, de ma révolte…Et ce n‘était pas avec cette couleur flambante que ma nuit blanche se terminerait, mes yeux restaient irrémédiablement ouverts. Cette couleur m’amenait sur les pistes de latérite du Gabon, après une journée complète sur ces pseudo routes, je rentrais à Libreville la peau rougie par la poussière qui volait dans l’air et venait se coller sur la peau et le cuir chevelu, nous donnant l’aspect de cette tribu indienne que l’on appelait les « Peaux Rouges »….Mais pas que, cette couleur était aussi celle du sang, qui coulait de mes genoux alors qu’enfant un peu casse cou, je faisais une mauvais chute…Et c’était en ravalant mes larmes que je finissais par accepter que ma grand-mère nettoie mes genoux et les tamponnent de mercurochrome qui leur donnait pour quelques jours la couleur de la conquérante que je pensais être. Mais c’était aussi la couleur de mes folies théâtrales, qui devinrent l’expression de mon écriture…Un rideau rouge qui s’ouvre et ces textes de Guitry que je pense avoir oublié. Les angoisses qu’avait revêtues cette couleur flamboyante sur laquelle en bon taureau je fonçais allègrement. Moi toute en noir, mon trac tout en rouge, dégoulinant sur moi telle une bête que l’on vient de dépecer, me laissant parfois sans voix à la limite de cette voie théâtrale que je pensais avoir trouvé… « Adore ton métier, c’est le plus beau métier du monde… » Mais dégoulinante de ce sang imaginaire qui me collait à la peau, je ne pus aller plus loin, ajoutant à mes mots débutants et trébuchants, des maux théâtraux qui me laissèrent à jamais sur le banc des spectateurs.

Ce n’est qu’en revenant à cette nuit sans rêves que je fus éblouie par cette couleur jaune qui me léchait de ses rayons et que je ressentie cette incroyable chaleur qui pouvait rappeler l’astre solaire sans qui la terre n’aurait plus lieu d’exister. Ce n’était certes pas une couleur que je portais, mais elle m’attirait tel un aimant, et elle continuait à m’agripper encore et encore réchauffant mes entrailles et mes nuits. C’est vers elle que j’étais attirée lors de mes choix de tableaux ou de draps…Je la rêvais et la caressais souvent…Elle m’ouvrait des horizons, je me rechargeais au contact de sa luminosité et m’entourait de son halo bienveillant qui tel une herse, me protégeait de ce noir sans appel qui pouvait m’emporter vers les profondeurs desquels je savais ne jamais remonter, engluée par ce noir absolu ne laissant passer aucune possibilité d’une vie après la vie…Que de fois j’ai trébuché, que de fois j’ai eu envie de me laisser glisser, que de fois j’ai voulu partir pour ne jamais revenir, mais que de fois ma conscience habillée de jaune me ramenait sur le bord de ce rivage tant haï et tant aimé que l’on appelle la Vie…

C’est alors que sur une pelouse verte et de peur de retourner vers le néant, je me mettais à courir enfonçant mes pieds dans cette terre qui me ramenait à la Vie. Cette couleur de mon bien-être, je la rechercherai chaque fois que le doute se réinstallera en moi, elle m’équilibrera, m’apaisera, me soignera, m’ouvrira d’autre horizons…Je la porterai pendant quelque temps, l’abandonnerai, la chérirai à nouveau, et c’est en me mettant au vert que souvent mes idées désordonnées se mettraient en place, au milieu d’une clairière ou d’un champ parsemé de fleurs…Une fois de plus au bout de cette nuit blanche toute en couleur, je repartais vers cette vie qui étais la mienne et que finalement je n’aurai pu échanger même pour le plus beau des royaumes, car elle était riche en Amour, en Amitié, en Enseignements et en Humanité…

Sylvette, Pensées personnelles, 31 Mai 2017

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