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Qu'ils soient politiques, personnels, ou une réflexion d'un moment, mes poèmes en prose sont des réflexions personnelles qui n'engagent que mon moi interne. Vous pouvez y trouver des sentiments, de l'humour un peu caustique, peut être parfois un peu de clairvoyance, mais jamais de méchanceté. N'hésitez pas à me donner votre avis.

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L’Alzheimer

Ma mémoire est en déroute,  

dans tes yeux

je n’arrive plus à lire ma route !

Ton regard me renvoie

au fond de mes doutes,

Et si une lueur s’éclaire,

je cherche en vain,

dans le labyrinthe de ma mémoire,

la raison de cet éclair.

 

De ton regard interrogateur,

je ne comprend rien,

et si dans ces moments là,

mes yeux se posent sur les tiens,

ou sur mes compagnons d’infortune,

leur vue me renvoie cette peur

qui me hante

et chaque jour me détruit un peu plus.

Alors de mes doutes naît mon agressivité,

et de ma non compréhension de ce monde là,

j’ai envie de te crier

« Mon Dieu rappelle toi de moi ! ».

 

Mon exemple ne leur servira à rien !

ils ont fait de mon état une industrie…

Ils n’ont pas cherché à me comprendre,

ils m’ont rendue légume, incontinente

et bestiale…

Ainsi je suis à leur merci.

Et si dans un éclair j’essaie de me révolter,

à ma révolte ils affichent le nom

de « démence ».

Mon état les renvoie à leurs propres peurs,

car ils savent bien au fond d’eux même

que personne ne sera épargné !

Mais je leur sers de moyen

de vie ou de survie…

Je suis devenue un être hybride

de qui on parle en terme de rentabilité.

 

Mes yeux ne verront plus

les mêmes choses que toi,

mon cœur ne battra plus pour personne,

ma bouche n’émettra plus des mots doux,

mes lèvres oublieront ce qu’est d’embrasser.

Ma vie ne m’appartient plus,

vous en avez fait vôtre.

Vous décidez de me lever,

de me coucher, de me laver,

de m’habiller, de me faire manger,

de me faire dormir,

et si je ne suis pas assez sage,

et que les méandres de ma mémoire

me font trop déambuler,

me poussant inlassablement vers l’air,

vers la sortie, vers le soleil,

alors vous m’attachez

me réduisant à l’impuissance,

et tranquille, vous pouvez aller !…

 

Dans ces moments là,

du fond de mon être

je voudrais crier...

Mais les mots se bousculent,

se choquent et s’entrechoquent

et arrivent rarement

entiers à mes lèvres.

Des sons,

que plus personne ne comprend,

sortent,

et devant mon impuissance,

je reste assise, ligotée.

Mes mains,

essayant de me détacher en vain,

les nœuds sont si bien faits,

se mettent alors en désordre

et font n’importe quoi,

triturant ceinture ou habit,

juste pour leur montrer

que malgré tout,

je suis encore en vie…

 

Le soleil entre dans la pièce

où impuissante je déambule

ou reste attachée de force!…

Il m’appelle,

me crie de me souvenir de lui,

combien je l’ai aimé...

Je voudrais aller vers lui

mais là encore,

personne ne m’amènera

pour qu’il réchauffe mes vieux os,

pour que sa chaleur pénètre en moi,

me donnant encore une chance

de survie supplémentaire…

Et que dans ma mémoire,

les bons moments passés

en sa compagnie

me reviennent par vagues.

N’est-il pas le seul

qui m’ait accompagnée

depuis ma naissance,

tous les jours,

sans lui la vie n’aurait pas été possible.

Il a été le seul compagnon

qui m’ait chaque jour apporté

le réconfort de sa chaleur,

me laissant parfois brûlée

de l’avoir tant aimé.

Dieu nous l’a prêté,

le reprendra t’il un jour?

 

Ces quelques réflexes qu’il me reste

arriveront-ils à les annihiler?

Par leur force me réduiront-ils

à l’état de squelette dans l’antichambre

de la mort certaine qui m’attend.

Alors je ne poserais plus de problème,

le peu de vie qui me reste

s’écoulera lentement,

vidant mon corps de sa substance,

vidant mon cœur de tout amour,

vidant mes veines de son sang,

et ma vie s’arrêtera

laissant la place libre

au prochain Alzheimer qui,

tel un élément de budgétisation,

rentrera dans leur ordinateur

pour rentabiliser leur industrie…

 

Nous devenons un élément

d’une mémoire fictive

de la technologie moderne…

Et lorsque nous partons

il suffit d’appuyer sur une touche

pour disparaître à jamais…

devenant ainsi un élément de statistiques.

 

Et pourtant je voudrais leur crier :

« Essayez de nous comprendre,

n’attendez à demain,

recherchez, analysez,

n’acceptez pas passif,

traitez nous en êtres humains…

demain dans cette même maison

vous dormirez ! »

 

Sauvez-nous ! sauvez-vous !…

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