Des 9 ans que j'ai passé a m'occuper de toi, cette semaine à tes côtés alors que tu agonisais fut de loin la plus terrible. Tu t'es battue avec la mort comme si tu attendais quelques
chose ou quelqu'un et malgrès le fait que jours et nuits je ne t'ai pas quittée, te parlant, essayant de te rassurer, te lisant des livres ou te racontant des histoires ma présence ne semblait pas
t'être d'un grand secours. pourtant on en avait surmonté ensemble des épreuves!...........Ton enfermement au début que je ne supportais pas, d'où les pleurs et les cris que je poussais dans la
voiture chaque fois que je te quittais, ta première omoplate cassée, puis ce fut une fêlure du fémur, et je montais chaque jour pour t'obliger à marcher malgré les séances de kiné. Tes premiers
bleus sur les bras pour maltraitance certaine, ce qui motiva ton changement de résidence.
Mais dans ce nouveau lieu de vie, on ne savait pas ce qu'était un Alzheimer, ainsi on ne comprenait pas que tu déambule sans cesse, te levant même au moment des repas....Le psychiatre décida donc
que ton cas était plus approprié à l'hôpital psychiatrique de Sainte Marie et comme je refusais que l'on t'y amène, je te retrouvais un jour allongée sur un fauteuil sans plus aucunes
réactions. Je fis intervenir des pontes de la gériatrie pour que l'on te remette sur pied. Ensuite un soir tu poussais la porte d'accès à la terrasse qui n'avait pas de rambarde,ce que
j'avais déjà signalé comme fort dangereux et tu dévalais des escaliers dans la nuit et je te retrouvais le visage tuméfié à l'hôpital. Tu t'en remis tant bien que mal , mais tu glissas un
jour dans la salle à manger et te cassais le col du fémur. Ton chirurgien me dit que si je te remettais dans cette maison de retraite , tu ne marcherais plus jamais. Je te cherchais donc un nouveau
lieu de vie. On m'avait dit qu' à Montpellier il y avait une maison de retraite spécialisée dans l'Alzheimer, certes elle était chère mais qu'importe il fallait que tu sois le mieux possible. Il y
avait un parc avec des animaux et comme je ne pouvais pas être là tout les jours , je payais en plus une dame qui venait s'occuper de toi et te sortir dans le parc, trois fois par semaine. Moi
chaque semaine je faisais mes 700kms aller-retour. Tu étais bien, tu remarchais, mais malheureusement, tu glissais de nouveau et tu te cassais l'autre col du fémur. Ton squelette commençait à ne
plus en pouvoir, et tu restais maintenant le plus souvent sur une chaise , attachée, perdant peu à peu le sens de la parole. Alors je décidais de te ramener de nouveau vers moi, et nous avons sur
les conseils d'une amie intégré une petite maison familiale. Tu y étais bien, le personnel était gentil, on te sortait souvent dans le jardin , mais malheureusement , ta chambre était à l'étage et
il n'y avait pas d'ascenseur ce qui faisait que dès que tu étais fatiguée et que par la fatigue tu n'arrivais pas à marcher on te laissait seule dans ta chambre. Je décidais donc de te rechanger
pour une maison certes beaucoup plus cher, mais plus adaptée à ton nouvel état très fragilisé. Dès la première semaine on te perdait tes dentiers, t'obligeant à manger mouliné , une nouvelle étape
de franchie . Tu ne mangeais plus seule depuis un peu de temps. Ensuite ils perdirent tes lunettes ce qui rétrécit considérablement ton champ de vision , sachant que tu avais un oeil qui n'y voyait
presque plus. Et puis ce furent le poste de radio neuf qui disparut, des vêtements( je n'ai jamais autant acheté de vêtements que dans cette maison), les parfums, les produits de beauté et les
bijoux fantaisie. Et pour finir , on ne te sortait jamais en terrasse et tu restais souvent assise seule dans la pièce que j'ai toujours appelé l'antichambre de la mort , car les résidents valides
et ayant un peu leur tête étaient dans l'autre pièce et eux seules avaient droit aux animations et aux fêtes, et pourtant c'était nous qui payions le plus cher compte tenu de ton GIR.
Je me mis donc en recherche d'une autre maison et enfin il y a un an, nous avons pu avoir une place dans cet établissement publique à la campagne , dans un petit village où dès qu'il faisait beau,
tu étais sortie en terrasse, et où tu as été aimée, où enfin on s'est bien occupé de toi. Mais voilà ta maladie a pris le dessus et après six jours de combat tu es partie le jour de ton
anniversaire le 28/06, que nous avons pu te fêter le matin en compagnie de tout le staff de la maison de retraite , en musique,avec un gâteau au chocolat comme tu les aimais,du champagne, ta
petite fille et ton arrière petit fils qui du haut de ses sept ans a voulu trinquer avec toi, et pour un moment tu as ouvert les yeux juste pour nous regarder, grignoter
un peu de gâteau et bu du champagne à la petite cuillière. Nous sommes partis à 12h30 et tu t'es éteinte dans un souffle à 13h45. Pour la première fois depuis des jours tu étais sur ton lit,
le visage rose et reposé, presque souriant...Tu as voulu être incinérée et que tes cendres soit éparpillées, nous avons avec ta petite fille et ton arrière petit fils respecté tes
volontés même si cela m'en a coûté. Maman maintenant tu es en route vers un au-delà, protèges nous, nous en avons besoin. je te souhaite bonne route et qu'en-fin tu sois dans la
plénitude. Je t'aime!.........
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