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  • : Le blog de Sylvette
  • : Qu'ils soient politiques, personnels, ou une réflexion d'un moment, mes poèmes en prose sont des réflexions personnelles qui n'engagent que mon moi interne. Vous pouvez y trouver des sentiments, de l'humour un peu caustique, peut être parfois un peu de clairvoyance, mais jamais de méchanceté. N'hésitez pas à me donner votre avis.
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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 16:30

MORT SANS RAISONS APPARENTES(suite)

 

C’est ce que vous appelez un règlement de comptes…Croyez-moi, si c’est eux vos commanditaires, ils me surveillent, au moindre faux-pas, ils n’hésiteront pas à me faire subir le même sort.

J’ai à ce moment là un sentiment assez bizarre, je n’arrive pas à déceler si cet homme ment, et d’autre part, je n’ai pas l’habitude de travailler pour un réseau mafieux, moi !!! Mémé, mémé au secours, que dois-je faire !!!

  • J’ai du mal à penser que ce soit votre soi-disant cartel qui m’emploie, mais éclairez-moi, pourquoi cette planque et pourquoi cette place, je ne pensais pas que d’importantes transactions puissent se passer dans ma ville. Et ce téléobjectif à quoi sert-il?

 

  • Les transactions se déroulent la nuit, c’est la raison pour laquelle, je vous ai demandé de venir ce soir. C’est pratiquement un jour sur deux, hier il n’y a pas eu de transfert. Venez prés de la fenêtre…Mais venez-donc, n’ayez pas peur, vous ne craignez rien, une pellicule spéciale recouvre les vitres et personne ne vous verra. Regardez dans la lunette et puis vous me direz ce que vous en pensez !

 

Je pose mon œil sur l’engin en priant qu’il m’ait bien dit la vérité et que je ne serve pas de cible à de quelconques trafiquants. J’avais disséqué tout ce qu’il m’avait dit, tout n’était pas clair, mais je n’avais pas ressenti de zones d’ombre, je devais lui faire confiance, si je voulais avancer et essayer de rester en vie. Tout à coup l’image calme et déserte de la place se met en mouvement, je vois maintenant un afflux de jeunes, qui vont et viennent. Instinctivement, je me recule regarde la direction vers laquelle j’ai vu cette activité importante. J’approche mon œil de la vitre, je scrute, la place est irrémédiablement vide et déserte.

  • Vous vous moquez de moi…J’ai mal appréhendé votre personnalité, je n’ai pas le temps de jouer et si vous travaillez pour un cartel de la drogue, je n’ai pas l’intention de vous couvrir plus longtemps, je ne vais pas risquer ma vie pour vous…Continuez à bien vous amuser je vais leur dire que cette filature ne m’intéresse plus…D’ailleurs je n’aurai jamais du la prendre.

 

  • Cessez vos enfantillages, vous êtes j’en suis sure capable de mener à bien cette mission. Je ne suis pas l’homme que l’on vous a décrit, j’ai été comme vous piégé…En ce qui concerne le téléobjectif, il est de dernière génération et donc peut traverser murs et sols pour voir ce qui ce passe de l’autre côté. Avez-vous regardé la direction du téléobjectif, il est pointé vers le bas, ils sont donc en partie sous la place et dans les sous-sols qui jouxtent celle-ci…Ils ont créés une ville dans la ville….Calme au-dessus, grouillant de monde dessous…

 

  • Je rêve, c’est une galéjade. J’ai l’impression d’être en 2050 avec des technologies aussi pointues et d’avant-garde.

Mort sans raisons apparentes………………………………………………………………………….6

 

Par où passent les revendeurs et comment est acheminée la drogue ? Mais vous pouvez également regarder ce qui se passe chez les gens honnêtes qui habitent l’immeuble de l’autre côté de la place, c’est purement inadmissible. C’est juste un viol de vie privé, mémé doit se retourner dans sa tombe, la pauvre !!!

 

  • Arrêtez de vous énerver et d’appeler votre grand-mère. Je ne suis des leurs que par obligation forcée, je vous l’ai déjà dit…Inutile de mal le prendre…Ce téléobjectif est un modèle issu de la Nasa, ne me demandez pas comment ils ont pu se le procurer…

 

Et pour ce qui est du voyeurisme dans la vie des personnes qui habitent l’immeuble en face, vous comprendrez bien que nos gouvernants ne font pas mieux avec leurs caméras et leurs écoutes téléphoniques!!!

 

  • Alors, que fait-on ? Je ne vais pas dormir ici…Je n’ai pas l’intention de passer la nuit à les contrôler d’autant que je ne représente plus la police française et que je ne peux rien faire pour vous !!! A moins que vous vous serviez de moi pour que je fasse marcher mes relations ? Croyez-moi, je n’en ai pas et je n’ai aucune envie de me faire refroidir par les trois gangsters avec qui vous parliez dans la boîte de nuit…Il serait temps de me dire qui ils sont ceux-là et qui les paient pour avoir la gâchette aussi facile ?

 

  • Ils peuvent effectivement paraître quelques peu gangsters, mais ils ne le sont en aucune façon…Ce n’est pas eux qui ont tiré, ils étaient devant ma porte lorsque nous avons entendu nous aussi les coups de feu, et je leur ai demandé de partir immédiatement…La personne qui a tiré s’est sauvée en empruntant l’ascenseur et quand mes amis sont arrivés sur la place, elle avait purement et simplement disparue. Ce sont des amis Arméniens avec qui j’allais au club de lutte du Vieux Nice, lorsque j’étais jeune et avec qui j’ai renoué en revenant en France...Suivant les endroits où je dois me rendre, ils me servent le plus souvent de gardes du corps et leur présence me permet parfois de sortir de situations difficiles. J’ai appris avec eux, leur langue et c’est souvent lorsque nous sommes entre-nous que nous nous exprimons ainsi…

 

J’ai à ce moment-là du mal à le croire, ma perception des zones d’ombres que j’ai ressenti en les croisant par deux fois ne peut me tromper et je ressens à ce moment précis de son récit qu’il me ment, mais je n’arrive toujours pas à déceler où il veut m’amener…Il me faut continuer à jouer avec lui me dis-je !!! J’ai quitté la Police pour cesser tout stress, je devais faire de petites filatures tranquilles pour des couples en mal d’Amour et voilà que je me trouvais dans des situations encore plus difficiles et cette fois-ci c’était le pompon…Je mettais ma vie de mentaliste en danger…

Mort sans raisons apparentes………………………………………………………………………….7

 

  • Ah, il me semblait bien que c’était une langue étrangère !!! Ah, c’était donc de l’Arménien, cette langue que je n’arrivais pas à comprendre dans la boîte de nuit, ce sont des « sanguins » vos amis, je les ai vu s’énerver, ils n’ont pas l’air facile. Bon alors que faisons-nous maintenant parce que moi j’ai des comptes à rendre à ma boîte vocale, et je n’ai franchement pas envie d’engager vos gardes du corps pour me protéger…Ah, ah, l’arroseur arrosé, ce serait trop drôle…

 

  • J’aurai une proposition à vous faire, pourquoi ne pas aller vous asseoir sur le banc qui se trouve sur la place et attendre pour voir si l’un des revendeurs cherche à vous aborder, vous pourriez établir le contact, sait-on jamais…Il faudrait que vous ayez juste l’air un peu pommé, comme si vous étiez en manque…je suis sur que vous êtes capable de simuler…

 

  • Non, mais faut que vous fassiez refroidir votre ciboulot, vous n’allez pas bien ou cherchez-vous à me faire tuer ? Un deuxième meurtre sur cette place ferait votre affaire peut-être…Vous cherchez à vous débarrasser de moi, il n’y a pas plus facile, j’annule le contrat avec la boîte vocale et vous n’entendez plus parler de Jean-Edouard Scola!!! Je ne vous connais pas, je ne vous ai jamais entendu, je ne vous ai jamais vu, ni vous, ni vos acolytes…Je ne vois pas pourquoi m’envoyer au casse-pipe, allez-y donc vous-même, je ne suis nullement un simulateur moi, Môsieur!!!

 

  • Il y a deux jours, vous vouliez m’aider et voilà maintenant que vous vous défilez…Je pense que vous avez peur, ou alors vous n’êtes pas du tout le Mentaliste que vous dites être…Quelqu’un qui est à l’intérieur de ce réseau cherche à me tuer et pour tout vous dire ils ont du me repérer…Effectivement c’est bien moi que l’on cherchait à refroidir, leur tueur s’est juste trompé de personne et d’étage…Mes amis Arméniens se sont doutés d’un coup fourré, mais ils sont arrivés trop tard, car comme je vous l’ai déjà dit le tueur s’est malheureusement enfui…

 

A ce stade de la conversation et devant prendre cette décision qui me serait peut-être fatale, je me dis que le mentaliste qui semblait m’habiter s’était fait la malle et que je n’aurais plus à partir de demain qu’à aller vendre de la socca sur le cours Saleya, ce serait certainement moins dangereux et plus gratifiant, je pourrais discuter avec les touristes et leur parler de Nissa La Bella. Et l’autre là, Monsieur double nationalité, il me montre un côté négatif de ma ville, que je n’ai pas forcément envie de voir…

  • Donnez-moi une feuille de papier je vais écrire mon testament, si il m’arrive quelque chose, vous avertirez ma famille et dites leur bien que sur ma plaque funéraire je veux cette inscription « Ci-gît Jean-Edouard SCOLA, Mentaliste, mort dans l’exercice de ses fonctions »…

Mort sans raisons apparentes…………………………………………………………………………8

 

 

 

  • Bon que faites-vous, si vous attendez encore, le jour se lèvera et eux ils seront allé se coucher…

 

  • Non, mais c’est long de savoir à qui on va léguer ses affaires !!!

 

  • Allez, ça suffit vous y allez ou vous vous dégonflez et surtout vous n’oubliez pas demain de changer de métier…Ce n’est pas possible je suis entrain de craquer, je pensais que vous alliez pouvoir m’aider et me redonner ma dignité de citoyen Français, je me suis trompé de personne. Vous êtes juste un guignol !!!

 

  • C’est moi que vous traitez de guignol, je vais vous prouvez qui je suis moi Jean-Edouard SCOLA ! capable de résoudre des énigmes bien plus compliquées que la vôtre, et si vous, vous vous servez d’un téléobjectif de dernière génération, moi je suis un Mentaliste génération 2075 !!!

 

Je me lève et sors de l’immeuble poussé par une force qui me propulse sur le premier banc que je trouve sur la place et me mets en position d’attente…il se passe 1/4h, je commence à avoir froid, j’ai juste oublié mon imperméable chez l’autre mezzo mafieux par obligation forcée…

  • Oh toi, tu fais quoi sur ce banc ?

 

  • Euh, c’est à moi que tu parles, je suis malade, j’ai froid, je ne me sens pas bien, si je me lève je tombe…

 

  • Tu as du blé, le relou ?

 

Je le regarde, des pointes d’interrogations dans les yeux puis le blé se transformant dans ma tête en baguettes puis en euros, je fais un signe de la tête...

  • Oh, tu restes là, quand je te siffle, tu te magnes fissa au magasin de l’autre côté…

Il est parti, je commence à trembler, je ne suis pas en manque, je suis juste mort de trouille…Je n’ai pas eu tellement à simuler tant j’étais, pauvre de moi, effrayé lorsque je l’ai vu arriver…Je maudis intérieurement l’autre abruti. Mais qu’est-ce qu’il m’a pris de l’écouter…Si je m’en sors, demain je change de métier…Pardon mémé, mais je n’y arriverai jamais !!! J’espère qu’il ne va pas me fouiller, je sens mon 7,65 dans mon dos…Je dois partir le plus vite possible, je n’arrive pas à me lever, je suis juste tétanisé !!! Je n’arrive même plus à faire appel au soi-disant mentaliste qui s’est barré…

Morts sans raisons apparentes…………………………………………………………………………9

 

Je suis perdu corps et âme dans mes réflexions lorsque j’entends un léger sifflement je lève la tête, je regarde dans la direction du magasin, il me fait signe, je suis paralysé. JE prends appui sur le dossier du banc, me mets debout et traverse la place Maurice Maccario en proie à d’horribles douleurs provoquées par la peur qui traverse mon corps…Lorsque j’arrive presque sur lui, je vois alors soudainement surgir venant de partout des policiers qui lui foncent dessus…Je titube, n’arrive plus à avancer, j’ai juste l’impression que je vais tomber dans un grand trou noir, lorsque je réalise que je fais tout à coup partie d’une scène de flag et que j’ai été l’hameçon qui aura servi à harponner le dealer…Mais que fait là l’autre idiot à la soi-disant double nationalité, il s’active et semble mener la danse, je ne comprends plus rien, je regardes ce qui se passe autour de moi l’air hagard…

  • Oh Scola…eh, tu m’entends le Mentaliste tu comptes rester collé sur ce banc, tu as l’air tout drôle, tu te réveilles ou quoi ?

Il fait quoi Monsieur double Nationalité devant moi, j’ai du me trouver mal…J’ouvre les yeux avec difficulté, un éclair me traverse le cerveau à grande vitesse et comme un boomerang tout me revient…Je dois être sur la Place Maurice Maccario, le jeune lieutenant qui nous arrive des States, m’avait demandé de sécuriser la zone, après qu’un triste fait divers d’un jeune du quartier que l’on a retrouvé mort sur la Place, sans raisons apparentes, ait ébranlé toute la population avoisinante…

  • Ca y est on a serré le tueur, il s’agit d’un déséquilibré qui vivait dans une cave qui se trouvait sous le magasin en face…Sa cafetière est pas mal atteinte, il pensait que le jeune lui en voulait et que c’était un revenant, alors il l’a tué comme ça sans lui laisser aucune chance…Oh, tu m’écoutes ?

Attendez, expliquez moi Lieutenant, vous vous êtes servi du téléobjectif génération 2050, pour le serrer…

 

  • Oh, Scola tu débloques, de quel téléobjectif parles-tu ? Allez bouges faut aller parler à la famille, ce gosse est juste passé sur la Place au mauvais moment, faut calmer les esprits !!!

 

  • C’est normal Lieutenant, il y a un traité de folie qui plane sur cette Place c’est pas étonnant !!!

 

  • Si ça continue c’est toi que l’on va enfermer à Sainte-Marie, faut que tu arrêtes de regarder avec ta grand-mère, les séries de Mentalistes…Moi je n’ai pas eu comme toi le loisir de m’endormir sur ce banc, je rentre, je suis crevé !!! Si tu veux que je te ramène tu te magnes et presto, autrement il y a les potes Arméniens de la DGSE, ceux que tu aimes bien qui sont là, ils pourront te ramener !!!

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Nice 27 février 2017

 

 

 

 

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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 16:17

Mort sans raisons apparentes !!!

Certains diraient « Ne laisse jamais la lumière d’hier éclairer l’obscurité de demain… »

Il vient de pénétrer dans cet immeuble qui se trouve sur la place Maurice Maccario, je me demande si je peux décemment aller plus loin, mais le contrat qui me lie à lui, stipule de le filer 24h/24h et surtout d’en rendre compte à la boîte vocale qui m’a engagé…Je lève la tête pour essayer de deviner à quel étage il pourrait se rendre, lorsque je vois arriver trois hommes à l’allure douteuse…Je me mets instinctivement sous la protection de mémé, n’a-t’elle pas influé sur ma vie en m’apprenant à voir le côté obscur des personnes. Grâce à elle je me plais à penser que je suis un Mentaliste, ce qui finalement est un atout précieux pour ce job de détective privé.

Je m’engouffre avec eux dans le hall de l’immeuble, je ne suis qu’un habitant me dis-je, je me répète cette phrase en boucle afin de m’en imprégner et le miracle, méthode Coué agit, c’est le plus naturellement possible que je mets mon pied sur la première marche et commence lentement l’ascension de la cage d’escaliers…L’ascenseur me dépasse, je continue à monter en ralentissant mon énergie légendaire pour ne pas tomber nez à nez avec eux….Je n’ai pas le temps d’arriver à l’étage supérieur, quand des coups de feu déchirent le silence, affolé, je me cache dans un recoin du palier, retenant ma respiration. Ils dévalent les escaliers et passent a quelques centimètres de moi…J’espère juste qu’ils ne m’ont pas vu, il semble qu’ils aient la gâchette facile et comme dirait Pépé lorsque je lui demandais de se dépêcher car je me languissais de rejoindre mes copains au Château : « Petit rappelle toi toujours qu’il vaut mieux arriver cinq minutes en retard dans ce monde que cinquante ans en avance dans l’autre ». Encore sous le choc des coups de feu, tremblant, je grimpe les marches, tout en essayant d’accélérer le pas. Je dois m’assurer si il y a mort d’homme, et si il s’agit bien de la personne que je suis sensé filer, cadavre qui de toute évidence mettrait fin à mon contrat…Soufflant comme un phoque et tremblant comme un chiwawa sans manteau en plein hiver, j’arrive sur le palier…Trop de planques, pas assez d’exercices me dis-je! J’aperçois une porte ouverte, me glisse telle une anguille à l’intérieur et trouve au sol une forme sanguinolente qui n’a plus rien d’un être humain, car plus aucune respiration ne l’anime. Je le fixe de façon intensive, il ne ressemble en rien à la personne sujet de mon contrat de filature…Des sirènes me font revenir à la triste et macabre réalité, je sors précipitamment de l’appartement et cours me réfugier à l’étage supérieur, priant pour qu’aucun quidam que je pourrais rencontrer ne me pose de questions, je suis en même temps surpris de ne voir personne, le calme le plus total règne sur cette scène de crime. Une porte s’ouvre, une main me tire à l’intérieur et me pose un couteau sur la gorge. Il est là devant moi réellement vivant et je me demande dans quel pétrin je suis encore allé me fourrer. L’homme qui me menace ne réside pas en zone d’ombre, je vois une lumière s’éclairer en lui et cet éclaircissement me rassure un petit peu. Cet homme qui malgré l’arme blanche qui pointe au bout de sa main et qui appuie sur ma carotide, ne semble pas être un assassin en puissance. Vite des ondes positives, je lui offre dans l’urgence un bouquet de « tu ne tueras point »…

Mort sans raisons apparentes………………………………………………………………………….1

J’espère juste qu’il en fera bon usage, et que malgré les apparences il vit toujours dans le respect des « Dix Commandements »…L’avenir me le dira, ou peut-être pas si je suis d’ici peu en l’état de macchabé !!!

  • Qui êtes-vous ? Pour qui travaillez-vous ? Cela fait bien trois jours que vous me suivez !!!

 

  • Oh du calme, je ne demande qu’à vous parler, mais desserrez l’étreinte de cette lame glaciale, qui commence à chauffer étrangement ma peau et je n’aimerai pas finir comme la personne de l’étage en dessous que l’on a apparemment pris pour vous. Vous avez l’air très recherché, mort ou vif ? On va y remédier, votre cas n’est pas inscrit dans mon tableau de filatures, mais alors pas du tout !!!

 

  • Ne vous méprenez pas, je ne suis pas aussi important. Les règlements de comptes sont fréquents dans ce quartier, comme dans d’autres quartiers de la Ville et il était inscrit dans l’ADN de cette personne qu’elle finirait ainsi aujourd’hui. D’ailleurs avez-vous remarqué qu’aucun résident n’est sorti et ne s’est manifesté en entendant les coups de feu, ces faits sont devenus tellement communs que pas un voisin ne bouge. Si je desserre mon étreinte, me direz-vous maintenant qui vous a demandé de me suivre ?

 

  • Ouf, voilà c’est mieux, dis-je en frottant mon cou à l’endroit où la lame s’est invitée. Quels renseignements voulez-vous que je vous donne ? Je suis juste un petit détective privé spécialisé dans les querelles d’Amoureux. La filature que je devais exercer sur vous, m’a été signifiée par boîte vocal, mes honoraires sont payés d’avance en numéraire par des enveloppes portées directement à mon bureau, faut bien vivre ! Je dois leur rendre des comptes tous les jours lorsqu’ils m’appellent, je ne pensais pas que cette mission soit si dangereuse, j’aurai peut-être dû me méfier…Pour moi, je pensais que vous étiez comme un amoureux, juste un peu indélicat…Mais ma foi, vous semblez être très important à leurs yeux. Savez-vous au moins qui pourrait vous faire suivre ?

 

  • Pour le moment, je ne peux rien vous dire, je ne sais si je dois vous faire confiance, je vais réfléchir, nous nous reparlerons plus tard, suivant ce que j’aurai décidé. Attendez encore quelques temps que la police s’en aille avec le corps, dès que le bâtiment aura repris son aspect habituel allez sur la place, occupez l’espace et posez-vous les bonnes questions. Dans un moment je vais rentrer chez moi, n’hésitez pas à me suivre si vous voulez justifiez vos gratifications et donner le change, vous pourrez rester en planque en bas de mon immeuble. Nous nous reparlerons dans un ou deux jours.

Je fais et refais le tour de la place, me demandant qui pouvait être Maurice Maccario et ce qu’il avait bien pu faire de mal pour se retrouver à Pasteur au milieu de problèmes qui doivent surement le dépasser. Je me promets d’aller trainer mes guêtres à la Bibliothèque Louis Nucéra.

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Au bout d’un moment, troublé par de drôles de sensations sous mes pieds et mettant cela sur ma capacité à ressentir les ondes électro - magnétiques, je rejoins ma voiture et attends pour entamer ma filature consentante, me demandant comment j’allais sortir du guêpier dans lequel je m’étais mis…

Le lendemain lorsque ma boîte vocale se manifeste, je me sens dans l’obligation de lui parler des évènements de la veille et du fait, que l’homme en est ressorti pour rentrer chez lui, après qu’un corps des plus froids ait traversé la place pour être évacué sur un brancard par la police. Du côté de la voix il y a un léger blanc…

  • Continuez la filature et faites en sorte qu’elle soit pratiquement au corps à corps, vous recevrez des honoraires plus élevés. Nous comptons sur vous. (Puis plus rien, ils avaient mis un terme à la communication, me laissant pétrifié…Au corps à corps, ils en ont de bonnes eux !)

J’attends…C’est maintenant l’homme au couteau qui dirige, pourvu qu’il ne lui prenne pas l’envie de me demander un pourcentage d’honoraires pour collaboration. La journée du lendemain est plus tranquille, il me facilite la tâche en ne sortant pas de l’appartement où il semble habiter, rue Gioffredo. Genre de journée où je suis sure de prendre 1kg, grignoter devenant mon passe-temps favori...A la nuit tombée vers vingt trois heures, il apparaît enfin devant l’immeuble, enfourche sa moto stationnée à proximité, puis roulant de façon cool sans doute pour ne pas me semer, il m’amène sur le port et stationne son engin devant une boîte de nuit. Je le vois s’engouffrer à l’intérieur. Le temps de garer mon véhicule, je le suis, non sans être passé entre les mains de deux videurs ayant surement pris leur quartier dans les zones d’ombre…Je jette en rentrant dans la boîte un coup d’œil circulaire et je le vois attablé et en grande discussion avec oh surprise, les trois lascars qui avaient refroidi la personne du troisième étage. Je m’assois à une table proche d’eux, des drôles de sons m’interpellent, je ne pige absolument rien, drôle de langue me dis-je !!!

Je commande un whisky et histoire de ne pas éveiller les soupçons, j’invite à ma table la jeune femme qui lorgne ma personne depuis que je suis arrivé... La conversation s’engage, très vite, elle pose sa main sur mon pantalon, provoquant à cet endroit précis une brûlure qui m’irradie au point de laisser présager une nuit torride, si j’en crois mon deuxième moi qui toujours prêt, commence à s’accrocher aux branches. Hélas, je suis en service et je ne peux me laisser aller à de folles galipettes. Je remets donc la main de la jeune femme sur la table et pour donner le change, me mets à lorgner mon voisin. Si je lui fais croire que j’ai une profonde attirance pour les hommes, elle me laissera tranquille et mon grimpeur également, ainsi j’évite de froisser leurs susceptibilités et de mettre à mal mon pantalon.

  • Vous êtes libre ?

Je lève les yeux, mon client, par filature tournante me dévisage. Je me demande vraiment ce que je fais là, bien loin de mes filatures amoureuses…Je dois jouer le jeu, nous devons nous parler pour sortir de cet imbroglio dans lequel je me suis foutu en décidant de l’aider…

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Il s’assoit à mes côtés, nous sommes maintenant presque au corps à corps, me voilà donc dans les termes de mon contrat ! Il commande une boisson, je n’ai pas encore touché à mon whisky, je le regarde, mais il continue à me fixer cherchant à me faire passer un message. Je me concentre, tout en faisant appel à mémé et passé le moment de stupéfaction sur ce qu’il me semble avoir compris, je sens qu’il pose la main sur ma cuisse et commence à me caresser. Alors là, j’ai juste envie de me lever et de m’enfuir, mais ce que je ressens est beaucoup trop fort…Après ce rapprochement, et alors que mon deuxième Moi s’est mis en berne, il me glisse dans l’oreille comme un message d’Amour qu’il me donne rendez-vous à l’appartement où ma carotide à réellement fait connaissance avec lui par lame interposée. Je suis terrifié, mais je ne peux plus reculer…

Je le laisse partir le regardant de façon assez équivoque, il m’adresse un léger signe amoureux. Je glisse un regard autour de moi, pour voir s’il n’y a pas de visages connus, les rumeurs vont bon train dans cette ville, et je ne sais comment j’aurai pu expliquer à ma famille mon coming out temporaire. Ma voiture n’est pas très loin, c’est lentement pour lui laisser un peu d’avance que je reprends le chemin de Pasteur et de la Place Maccario. J’ai à ce moment là une pensée émue pour ce Médecin Italien, qui vécut et exerça à Nice et dont la thèse porta en 1843 sur le traitement de la folie comme une aberration de l’intelligence…

Soudain une lueur s’éclaire en moi, je viens juste de comprendre le rapport étroit que le quartier pouvait entretenir avec la folie et la maladie coincé entre Sainte-Marie et l’Hôpital Pasteur…

N’a-t-on pas des noms de clowns célèbres, me dis-je, ce serait tellement plus amusant…Mais pour l’heure, j’ai un rendez-vous et pas le temps de me perdre en réflexion idéologique. Fort heureusement à cette heure de la nuit, il n’y a plus personne dans les rues, je ne me sens quand même, pas très rassuré. Je fais trois fois le tour du quartier, emprunte la rue Maccario pour revenir sur la place et finis par trouver un emplacement pour mon véhicule. Le temps de quelques secondes, une angoisse m’habite, ais-je raison de faire confiance à ce garçon, et si son invitation était un guet-apens. Je me penche, alors dans la cache qui se trouve sous mon siège, puis avec moult précautions je saisis le 7,65 qui n’a jamais servi et qui est sensé me rassurer en refroidissant ma ceinture dorsale. Je sors de la voiture me dirigeant, le pas assez incertain, vers l’entrée de l’immeuble de l’autre côté de la place. Instinctivement je cherche du regard les malfrats qui ont tué la personne du 3ème étage…Que faisait-il donc en leur compagnie ce soir à l’intérieur de la boîte de Nuit…Je suis intrigué, je ne comprends plus rien, je dois éclaircir ces zones obscures avant de continuer…Mais ai-je le choix ? Je rentre dans l’immeuble, prends l’ascenseur pour aller plus vite et me présente devant la porte où j’ai été si soudainement happé.

Je frappe doucement, l’heure est tardive. Au bout d’un petit moment qui me parait une éternité, la porte s’entre-ouvre, je m’engouffre rapidement à l’intérieur de l’appartement. Le studio semble inhabité, plutôt une planque. La fenêtre donne sur la place et un téléobjectif est pointé sur cette dernière…Mais qui est donc ce mec? Il me propose encore un whisky, mais je ne suis pas un alcoolique moi !…

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Je perçois un flottement, il semble chercher ses mots, peut-être a-t-il trop bu ? Je le fixe pour mieux ressentir les sensations bonnes ou mauvaises qu’il pourrait dégager. Les pistes semblent brouillées, et un peu perdu, je fais appel au mentaliste qui occupait mon espace privé jusqu’à aujourd’hui en espérant qu’il ne me laissera pas tomber, trouvant la situation trop difficile ou trop confuse pour lui, le pauvre !

  • Bon nous n’allons pas aller par quatre chemins. J’ai décidé de vous faire confiance...

Mon nom est Benjamin Gali. Je suis Niçois depuis de longues générations Après une fin de cursus scolaire au lycée Masséna, je suis allé cet été là, aux States pour rendre visite à cette branche de la famille qui a immigré au pays des droits de l’Homme, et je n’en suis plus reparti, happé par cette Amérique d’avant Trump, où pour n’importe quel immigré, lorsqu’il n’y avait plus rien à faire, alors tout devenait possible !!! Ma double nationalité me permet encore pour le moment d’aller et venir entre mes deux pays d’adoption…

 

  • Nous dirons que l’un est d’adoption et l’autre au bout d’une ou deux générations est vôtre, me semble t-il ? Mais avez-vous mal tourné aux USA, pour être passé apparemment du coté des mafieux et qu’a donc à faire un petit quartier Niçois sans grande envergure et sous l’emprise d’un Médecin et de son traité sur la folie, pour intéresser un réseau de mafieux, enfin j’extrapole peut-être ? Ah, j’oubliais de me présenter Jean-Edouard Scola, détective privé, après une erreur de parcours stressant au sein de la Maison Poulaga.

 

  • Heureux de ne pas m’être trompé en décidant de vous faire confiance…

 

  • Heureux, on verra cela plus tard, n’oubliez jamais qu’un flic, reste un flic….Alors…

 

  • En ce qui concerne le réseau mafieux, vous n’en êtes pas loin. J’ai été recruté par un trust industriel, presque certain à ce moment là que je travaillais quelque part pour le gouvernement Américain. Je m’aperçus malheureusement trop tard, que ce trust cachait un énorme trafic de drogue à l’échelon international. Je ne pouvais plus reculer, on me fit comprendre que si je décidais de me sauver, ma famille en subirait les conséquences. Ma nationalité Française et ma connaissance de Nice, ont fait que je me suis retrouvé en charge du contrôle de la diffusion de la drogue sur la région Paca.

 

  • Alors vous, vous me faites rire ! Un carrefour de la drogue à Pasteur, je ne peux le croire et pourquoi cette place ? et ce mort vous ne reculez devant rien ? pas même le meurtre, mais qui était-il donc pour finir ainsi…refroidi en deux secondes, vous ne lui avez laissé aucune chance !!!

 

  • C’est juste la routine, ces jeunes qu’ils emploient, auraient tout à gagner en suivant les instructions du cartel, mais un jour se croyant plus fort, ils décident de les doubler…

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Il y a une suite....

 

 

 

 

 

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 12:49

Le Père Noël

 

Si seulement les herbes folles ne lui avaient pas caché la réalité des faits. Maman lui a bien dit de ne pas s’éloigner, mais chaque jour son terrain de jeu devient trop petit, trop exigu. Chaque jour lorsque sa fratrie s’éloigne à contre cœur vers ce mystère qu’ils appellent l’école, lui Guillaume le plus petit se retrouve seul, livré à lui-même, Maman a trop de travail dans la maison, aussi le laisse t’elle dans le jardin en lui recommandant de ne pas faire de sottises. Mais quelles sottises Guillaume pourrait-il faire ? et puis il y a Dingo le bouledogue chargé de veiller sur lui et qui le suit pas a pas de sa démarche chaloupée et nonchalante, Daisy la tortue qui elle n’est pas amusante du tout car elle rentre dans sa carapace, six mois de l’année, Félix le chat qui entretient des relations de poil hérissé chaque fois qu’il rencontre Dingo et Margot, la poule qui adore venir picorer entre les pates du bouledogue…Tout ce petit monde veille a sa manière sur Guillaume…Parfois Maman l’appelant et n’obtenant aucune réponse les retrouvent couchés sur l’herbe, Guillaume endormi, tétant son pouce, et ses compagnons de jeu protégeant son sommeil. Quelques fois, elle décide de le réveiller pour le goûter, mais parfois c’est la fratrie qui rentrant au galop, va le sortir de sa torpeur et de ses rêves en faisant tintinnabuler avec vigueur la cloche accrochée à la grille qui sépare la rue, du jardin familial. Alors l’enfant affichant un sourire de contentement va se frotter avec plaisir aux plus grands retrouvant ce contact humain fraternel et amical, tellement important à sa vie et à sa survie. Ce n’est que lorsque Maman, appellera la petite meute pour les devoirs que Guillaume retrouvera enfin le chemin de la maison, pour aller s’asseoir tranquillement auprès de ses frères et sœurs qui à demi couché, chacun sur son cahier semblent réfléchir à la difficulté de la leçon ou du problème énoncé. Chaque ainé aidant le plus jeune et Maman soit au fourneau, soit au pliage du linge qui contrôle d’un œil distrait que les devoirs soient bien faits, les cahiers propres sans surcharges. Pendant ce temps le plus jeune de la fratrie armé de crayons de couleurs et d’un papier exprimera son envie de partir lui aussi un jour explorer ce territoire inconnu que l’on appelle l’école et capable de ramener au galop une meute d’enfants.

Ce n’est que pendant les vacances que la fratrie à nouveau réunie se glissera hors du jardin familial pour aller vers le lac pêcher ou se baigner, tous et chacun étant parti de la maison en ayant l’ordre suprême de Maman de surveiller le plus petit…Mais pour l’heure Guillaume, s’ennui, il voudrait bien pouvoir ouvrir la grille du jardin et partir à l’aventure, une fois il y était bien arrivé mais Dingo les crocs bien plantés dans le tissu de son pull l’avait ramené vers la maison. Un matin, comme un adieu à son environnement il se mit à faire le tour du propriétaire, parlant aux arbres, aux fleurs leur racontant son envie si forte d’aller lui aussi à l’école et d’avoir enfin des devoirs à faire…Puis il parla à Félix qui loin de Dingo ronronnait de plaisir au contact des caresses de son jeune ami, qui pour une fois avait renoncé à le tirer par la queue, Daisy la tortue sortie juste la tête de sa coquille semblant l’écouter, Margot sautillant comme à son habitude vint picorer à ses pieds, quand à Dingo, il avait décidé de l’enfermer dans la réserve comprenant que c’était la seule façon de l’empêcher de le retenir. Ce dernier pensant que son jeune ami jouait, avait décidé de s’octroyer un instant de tranquillité, et n’avait pas encore donné de la voix pour contrecarrer les plans de Guillaume.

Enfin libéré de ses habituelles entraves, l’enfant ayant aperçu derrière un fourré un trou dans le grillage décida de s’y glisser et d’aller enfin explorer le monde extérieur qui l’attirait tant.

Cet air de liberté qui tout à coup lui sautait à la gorge, le remplit d’aise et c’est mi-marchant, mi-courant qu’il avança se disant que bientôt, il apercevrait l’école. Les herbes qui habitaient ce champ étaient très hautes, presque aussi hautes que lui et Guillaume avançait sans se rendre compte où il allait, pensant à chaque pas que ce serait le dernier au milieu de ce no mans land. A un moment il entendit bien Maman l’appeler et Dingo aboyer, mais l’appel d’une vie ailleurs que dans le jardin familial était trop fort. Enfin, il lui sembla entrevoir une lumière différente, il commençait à être fatigué, mais il se dit que dés qu’il serait à l’école, il n’aurait plu qu’à revenir avec sa fratrie, certes Maman le gronderait, mais quel bonheur d’y être arrivé. Il commençait à avoir faim, dans sa poche les galettes que Maman lui avait données et qu’il partageait d’habitude avec Dingo et Margot. Il les grignota, et se dit ensuite qu’il avait soif…Enfin une lumière éclaira les herbes et il arriva dans une cour. Il chercha en vain les enfants qui auraient du la peupler, mais personne. Une fontaine l’appelait, il s’abreuva…

Un grand silence régnait, il entendit bien des pas derrière lui, mais se dit qu’enfin Maman l’avait retrouvé et allait le ramener à la maison. Toute la nuit il entendit des voix crier son nom, il aurait bien voulu leur répondre, courir vers eux, il se sentait tout à coup si las, si fatigué, il devait tenir, il savait qu’ils n’allaient pas tarder, il essaya de crier, ce ne fut qu’un murmure qui sortit de sa petite bouche.

Il appela Papa, Maman, égrena le nom de ses frères et sœurs, puis de ses compagnons de jeux, Dingo, Félix, Margot, Daisy...Il sentit ses petites paupières s’alourdir, il ne comprenait pas et au lieu de se sauver comme maman le lui avait dit, si il rencontrait un étranger, il avait suivi cet homme en rouge qu’il connaissait bien puisque c’était le Père-Noël!

Ce n’est qu’au petit matin que les gendarmes trouvèrent au pied d’un sapin enluminé, éternellement endormi son petit corps tout froid, serrant dans sa main, un morceau de tissu rouge.

Sylvette COHEN

foresta0105@gmail.com

 

 

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 12:21

Le monde semble endormi. Survivante! Je suis une survivante...

Combien sommes-nous? Aucuns bruits ne viennent briser le silence ambiant, j'ose à peine respirer. Mon cœur s'affole, je l'entends qui frappe à la porte de la peur qui s'installe en moi crescendo...Mes sens en éveil tentent d'analyser, de comprendre pourquoi tout à coup la vie ne semble plus habiter le monde qui m'entoure. Ma respiration me gêne, je lui intime l'ordre de ralentir, je ne sens qu'elle, elle va, vient, court au travers de mon corps, s'emballe, je manque d'air, l'angoisse me serre la gorge, je rentre en apnée. Plus aucune sensation, plus de toucher, ni d'ouïe, pas de visions sauf celles que mon esprit me propose, pas de sons qui sortent de ma bouche. Ma vie semble avoir déposé les armes.

J'essaie de me mettre en harmonie avec le silence pesant qui m'entoure. Suis-je donc déjà dans le monde des ténèbres? Aucune lumière ne vient éclairer mon horizon, aucun son extérieur aux miens ne vient m'assourdir, je voudrais parler mais mes lèvres semblent scellées. Quelqu'un viendra t-il a mon secours? Je prie, mais qui ou quoi, j'en appelle à mes anges. Pourquoi n'ont-ils pas été là...M'auraient-ils abandonné ?

Avons-nous été victimes d'un big-bang, d'une bombe atomique? Pourquoi ce brouillard épais. Je n'ai plus froid, la chaleur de mon corps est impalpable. Je respire mais n'existe plus. Alors me vient une drôle d'idée, peut-être m'as t-on enterrée vivante pensant que j'étais morte...Il me revient en tête des bribes de romans ou de films. Comme l'histoire de cet homme tombé dans un coma éthylique considéré comme mort et ayant pour ses semblables accompli là son dernier voyage et qui se réveille in extremis à la morgue. Sur cette dernière vision, soudain une boule de feu se présente à moi, m'entoure me cerne.

 

De toute évidence, je ne peux pas être enterrée, je devrais être incinérée, brûlée, réduite en cendres, puis mélangée à la terre d'une jeune pousse, telles étaient mes dernières volontés. Laisser un arbre vivant où amis et passants pourront s'appuyer, converser, se mettre à l'ombre d'un feuillage touffu, entendre des cris d'enfants qui joueront a cache-cache ou tourneront tout autour...C'était mieux pour moi qu'une pierre tombale froide et triste et des allées de cimetières où des familles éplorées viennent tenter de déposer leur peine ou parfois leurs griefs...
 

Je suis juste vivante a l'intérieur de mon corps et morte a l'extérieur...

Quelle drôle d'impression!
Ma vie se déroule doucement, la vision de la pierre tombale m'a fait souvenir de ma première véritable approche avec la mort...Celle de ma grand-mère, j'ai quinze ans, elle m'a élevé palliant souvent à l'absence de mes parents qui semblent avoir une vie mondaine très prenante. Je vois juste un cimetière et un cercueil que l'on descend en terre. Mon père est éploré, mais il ne pleure pas, il reste digne...

Chut, ne pas faire de bruit, laisser la grand-mère se reposer. Tous les dimanches matin pendant l'année qui suivra il la visitera..Que pouvaient-ils bien se raconter? Le lien se tire, s'étire puis normalement se distend. Mais là malheureusement, la grand-mère qui maniait bien les ciseaux, le fil et les aiguilles avait dû prendre un fil élastique car il ne se distendit pas et une semaine après mon seizième anniversaire nous enterrions mon père lui qui aurait voulu être incinéré.
 

Le grand-père maternel qui ne badinait pas avec ce genre de décisions imposa sa loi et une fois de plus, je vis le cercueil descendre dans un orifice et être recouvert de terre...

Je fais comme mon père, je reste digne. Je ne pleure pas, en fait je n'en ai plus le temps, je viens juste de comprendre que ces deux là, m'ont laissé en héritage la femme-enfant qu'est ma mère et que dorénavant je dois gérer ma vie toute seule. Adieu veaux, vaches, cochons, couvées et rêves, je viens de prendre pied avec la triste réalité d’une vie de semi-orpheline.

 

Chut...Tais toi mon esprit tu fais trop de bruit, laisse moi oublier. Il semble pourtant que des vibrations prennent vie autour de moi, certes elles sont pour le moment très légères, mais elles existent. Oui c'est cela, je suis enfermée dans un endroit insonorisé, ce ne sont pas des voix mais des vibrations extérieures qui traversent l'espace et les murs...Ainsi je suis donc vivante, prisonnière, mais de qui et pourquoi? Je ne représente aucune valeur marchande, on ne peut m'échanger contre de l'argent, je n'en ai pas.

Mon corps ne réagit pas, je dois être droguée. Il faut paraît-il un début à tout, sensible comme je suis je vais mourir d'une overdose avant même la demande de rançon. J'aurai tant aimé dire une dernière fois à mes proches et à mes amis combien je les aime et combien j'ai apprécié ce passage sur terre en leur compagnie. Je me demande s’il me sera donné le plaisir d'assister à mon enterrement...Aller jusqu'au bout du bout. Certains pleureront sincèrement mon départ vers cet autre monde, d'autres se raconteront des histoires en aparté juste pour se prouver que eux sont encore en vie et puis il y a les touristes des cimetières, être là, une promenade comme une autre.

Pour l'heure je suis vivante et je dois rassembler mes forces pour sortir de ce chemin que j'ai du prendre par inadvertance. C'est vrai que je suis coutumière du fait. Me fiancer par inadvertance, me marier avec ma belle-mère, mais pas vraiment avec son fils. Je rêvais d'une famille unie avec quatre enfants, j'avais testé deux maris par inadvertance et la seule belle chose que j'avais faite restait mes deux filles. J'essaie toujours de bouger mes membres, rien n'y fait...Quelle drogue a cette extraordinaire puissance pour causer une telle paralysie, juste mes pensées qui continuent de se bousculer dans ma tête et mon sang que je sens courir dans mes veines...Mes yeux sont lourds, impossible de soulever les paupières. Je me demande tout à coup comment ils m'alimentent, je ne ressens pas les spasmes de la faim, aucunes crampes. Visualiser un quelconque mets qui aurait pu me faire plaisir, je force, cherche, je suis vide de nourriture, vide d'appétence...Vont ils me laisser mourir ainsi seule, sans soins, au nom de quel Dieu se permettent-ils de me traiter de la sorte...
 

- Ouvre la grille...
Je suis dans la salle des coffres de la banque où je travaille, je compte la caisse.

- Chut Fred,

dis-je sans lever la tête à celui qui se trouve devant la grille

- Je compte,

- Si tu n'ouvres pas tout de suite, tu vas bientôt compter les vers de terre

Je prends soudain conscience que l'homme qui me parle au travers de la grille n'a rien à voir avec mon collègue. Je lève donc la tête et aperçoit une mitraillette qui me regarde d'un air menaçant. Mi-tremblante, je me lève et ouvre. Ce n'est pas un, mais deux individus qui se glissent dans la salle.

 

 

Ma caisse n'est pas terminée, sont encore visibles deux boîtes de sociétés contenant les recettes de la veille et que je n'ai pas encore ouvertes...L'un des deux individus d'une voix menaçante me demande d'ouvrir les boîtes, elles sont fermées a clef...Mes jambes tremblent de façon si importante qu'elles ne me permettent plus de rester debout. Je m'assieds sans demander une quelconque permission... J'entreprends d'ouvrir les objets de leur convoitise.

Impossible d'arriver à enfoncer la clef dans la serrure, au milieu d'un silence assourdissant on entend que le cliquetis du métal qui a du mal à se glisser dans l'ouverture adéquat tant ma peur est immense.
- Alors, on ne va pas coucher là, tu te dépêches
 

Ce tutoiement me fait l'effet d'une douche glacée, comme par enchantement les boîtes s'ouvrent, je n'ai pas le temps de compter les billets qui s'y trouvent, les deux énergumènes travestis par des postiches les font disparaître dans une besace

  • Ouvre les autres coffres

Ces deux voyous me dis-je commencent sérieusement à «me courir sur le haricot». Comment peuvent- ils me parler ainsi et qui plus est me tutoyer. L'énervement qu'ils provoquent en moi me fait reprendre la maîtrise de mon corps tremblotant, et je m'entends répondre que nous n'avions plus d'espèce papier si ce n'était des sacs de monnaie, le geste joint à la parole, j'ouvre un coffre et leur propose de saisir les dit-sacs. Dédaignant cette manne financière, ils pointent leur arme sur moi et m'intiment l'ordre de monter les escaliers. Au moment où je vois le directeur de l'agence et mes collègues à genoux, les mains sur la tête, je suis prise d'un fou rire, que je ne peux m'empêcher de qualifier de nerveux.
- Tu ne bouges pas de là

Je reste debout adossée contre un mur, entends la porte de l'agence se refermer, je respire profondément, ils sont partis.
Je fais remarquer aux punis qu'ils peuvent se relever, ils me manifestent leur gratitude par des regards qui ne me semblent pas très amicaux et pourtant, ils ne savent pas encore que je n'ai pas ouvert tous les coffres...
Plus tard, je compris que la banque était blindée d'assurances contre les hold-up à défaut de blinder ses agences et que j'avais peut-être risqué ma vie bêtement...Je ne fus ni décorée, ni remerciée encore moins augmentée.
 

De toute évidence, je peux donc me sortir de la situation dans laquelle je me trouve, j'en ai la force. Je dois être à l'écoute de bruits qui peuvent m'indiquer l'endroit où nous nous sommes. Je dois vaincre ceux qui ont volé ma vie en me retenant prisonnière et droguée. Je concentre toutes mes forces à essayer de percevoir le moindre indice qui puisse m'aider. Au bout de je ne sais combien de temps, je ressens des vibrations que je tente de déchiffrer.
 

 

 

 

 

...Pour éviter un énorme trou, je frôle un enfant qui se jette devant ma voiture, il glisse et tombe. Je stoppe mon véhicule pour aller le relever. Sortis de je ne sais où arrivent des hommes et des femmes qui vocifèrent et qui j'en prends tout à coup conscience sont prêts à me lyncher…L’enfant se relève, il n’a rien, mais la foule grandit à vue d’œil.

 

Je suis au Gabon où je vis et le tam-tam remplace le téléphone...Je vois ma dernière heure arriver lorsqu'une voiture stoppe à ma hauteur, un homme blanc en uniforme en saute et m’y précipite à sa place, referme la porte, tandis que celui qui est au volant démarre la main bloquée sur le Klaxon

 

La foule en délire se sépare néanmoins pour le laisser passer, suivi presque collée au pare-choc par ma voiture, conduite par le premier homme. Je viens de faire connaissance avec le Colonel et le Capitaine de la garde présidentielle du Président Bongo. J'ai failli mourir lynchée !!!
 

Une chose est sure, je ne suis pas en Afrique, j'en connais trop les odeurs et les bruits, j'en aurai eu des ressentis, là je ne sentais rien, aucun son, aucune odeur familière, juste ces vibrations...Peut-être des sons de voix qui m'arrivent sous cette forme?

Je dois encore me concentrer...Ma respiration sous l'effet des efforts que je fournis semble s'accélérer, lorsque soudain un éclat de lumière vient illuminer l'épais brouillard dans lequel je me trouve. Il le fend et crée une brèche, je suis horriblement agressée par les mots qui arrivent jusqu'à moi. J'écoute, j'entends, ils me traversent de part en part, s'impriment et finissent par s'inscrire en moi.

Non c'est impossible, je ne suis pas...Il faut me rendre à l'évidence la fin du voyage est finalement très proche...

Je parle aux mots pour qu'ils ne me retiennent pas, vite les renvoyer pour que ceux qui les ont formulés comprennent que cette situation n'est pas humainement dans le domaine des «possibles». Mon dernier combat, atteindre l'éclat qui a provoqué la brèche, vite, très vite avant que mes geôliers ne m'en empêchent, puis enfin et surtout suivre la lumière. La délivrance est proche...

Chut, arrêtez de parler et gesticuler, je tourne mon dernier film. Coupez!!!

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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 16:00

INSOMNIE ALPHABETIQUE

Les paupières closes, j'essaie de contenir le flot des caractères qui m'assaillent, ma chambre est un livre ouvert d'où s'échappent mots, phrases, lettres menant une danse endiablée. Ils se choquent, s'entre choquent, s'envoient en l'air, tournent et retournent dans ma tête...A bout de souffle, à bout de nuit, épuisée par tant de mouvements, je cherche la cause de cette surexcitation alphabétique...

Mais non, j'en suis certaine je n'avais pas trempé mes lèvres, passé deux heures de l'après-midi dans un breuvage qui aurait pu ressembler de près ou de loin à de la caféine; ce n'était pas soir de pleine lune, je m'étais levée pour le vérifier...J'avais croqué une pomme, avalé un yaourt, bu un grand verre d'eau, liquide incolore que j'avais déjà remis aux bons soins de mes toilettes immaculées.

Je m'assieds dans le lit, exténuée, mais fort heureuse de ne point avoir de futur ex-compagnon à mes côtés, mon agitation l'aurait certainement dérangé et effrayé par tant d'excitation, il aurait pu faire mine de repartir dans ses pénates. Si c'est ainsi, alors que notre histoire n'a pas encore commencé qu'il y aille et qu'il y reste!

Non, mais tout de même, si j'accepte de partager mes songes avec lui - enfin quand je dors - il pourrait au moins avoir la bienséance en cas d’insomnie de compatir et de m'aider à compter mes moutons. Juste nous prendre dans ses bras mes moutons et moi, nous rassurer, essayer de nous comprendre. Mais non tous des égoïstes, ne pensant qu'à leur propre personne.

Mais de qui suis-je donc entrain de parler? Est-ce le fait d'être seule qui me crée cette grosse angoisse, proche de la panique et qui m'empêche de m'assoupir. Je me remémore ma journée, plutôt zen, pas de coup de gueule, pas d'énervements, pas d'excitants et qui plus est voilà quelques jours que je n'ai pas écrits. Est-ce le manque ? Suis-je à ce point droguée à l'écriture pour me créer inconsciemment des insomnies et passer une nuit blanche! Si encore j'avais du talent, si enfin les mots que je formulais dans ma tête pour soulager mes maux, m'ouvraient quelques horizons? Je pourrai effectivement comprendre.

Mais comprendre quoi? Que je veux dormir, alors que le film de ma petite vie de faiseuses de mots continue à se dérouler, impossible de penser à autre chose, j'ouvre les yeux, les referment mais rien n'y fait, ma pensée poursuit inexorablement son chemin au travers de cette nuit, épuisée je l'écoute sans vraiment avoir envie de l'entendre.

Ainsi de concours en concours, de nouvelles en nouvelles après quoi étais-je entrain de courir?

Et pourtant au fond de moi, je savais que c'était ce que je voulais faire. Mais alors pourquoi ne pas accepter d'écrire un roman plutôt que de continuer à m'essayer à des concours? Non ce n'était juste pas pensable! J'aimais cette excitation lorsque j'abordais un thème, me mettre devant mon ordinateur, oublier qui je suis, oublier où je suis, ne plus penser à rien et laisser mon esprit vagabonder au grès de sa fantaisie? Juste mes doigts qui se mettent à taper sur les touches et retranscrivent les sensations épistolaires de mon esprit vagabond. Parfois me dire que je n'existe plus et que c'est un autre «Moi» qui a pris le relai et me dicte souvent vite, si vite, trop vite, tellement vite qu'il m'est impossible de contrôler une orthographe prise en défaut de fautes et qui ferait bondir Pivot. Et puis l'attente...

Stop...Basta, par pitié, je veux dormir!!! Et çà continue...Je n'en peux plus...Impossible de faire dériver mes pensées vers autre chose, le flux de mon esprit se déverse sur moi m'empêchant de rattraper mes moutons pour les compter...Rien n'y fait.

Souvent long, parfois si long pour celui qui ose espérer être primé, enfin l'on apprend que la place a été prise par d'autres mots, d'autres lettres, d'autres histoires. Au fond de soi on le savait, tant de personnes écrivent maintenant avec tellement de talent, tenir bon se dire que l'on n'écrit pas tous pour les mêmes catégories de personnes...Je savais ne jamais pouvoir toucher la sphère trop intellectualisée, mes mots certes ne pouvaient leur convenir, ce sont juste des mots courants, ceux que l'on emploie dans le langage de chaque jour, des mots qui parlent…

 

Insomnie Alphabétique 1

 

Ces mots qui a force d'être utilisés semble parfois vieillis, comme un membre de la famille que l'on a tellement aimé et dont on ne peut se séparer.

Les autres, ceux pour lesquels il faut aller chercher un dictionnaire pour en comprendre le sens, ceux-là je ne peux les employer, j'aurai juste l'impression de les voler, ils me sont tellement étrangers qu'il m'arrive parfois de douter de leur existence!!!

Finalement dans les méandres de ma pensée en pleine nuit blanche, je me dis qu'il est impératif que je continue à écrire, déjà pour moi-même, pour le plaisir, pour prendre soin de mes maux et de mots en mots ressentir le bien être tant attendu.

Pourtant cette nuit d'insomnie, ceux sont des mots en colère, des mots que j'ai dû déranger, des mots qui voulaient sortir et que j'ai brimé, des mots révoltés, en guerre, qui ce soir se manifestent et m'empêchent de sombrer dans les bras de Morphée. A ces mots là je voudrais leur dire que je les comprends, que je compatis, mais que ce n'est pas une raison parce qu'ils se sentent mal, étriqués dans ma tête pour me faire vivre ce calvaire.

Par pitié, dites-moi pourquoi je vous ai blessé, je n'aurai peut-être pas dû aller vous chercher au fond de ma mémoire ou de celle de «cet autre MOI», celle qui m'aide à vous mettre bout à bout, celle qui me pousse sans cesse à taper sur mon clavier, celle qui m'ouvre des horizons nouveaux , qui me raconte des histoires et qui ne se manifeste que lorsque je suis assise devant mon ordinateur...J'étais bien tranquille lorsque que j'écrivais avec mon stylo, essayant de formuler sur le papier les élucubrations de ma pensée, j'avais au moins l'impression de créer, je formais mes lettres, faisais des phrases et m'apercevais que leur assemblage pouvait donner un sens au texte écrit.

Il est vrai que parfois je n'arrivais pas à me relire et peut-être est-ce pour cette raison qu'un jour je décidais de laisser aller mon imagination sur des touches, taper, taper, taper encore, jusqu'à ce que mon dos mis à contribution hurle sa grande douleur.

Soudain, alors qu'il me semblait m'assoupir des lettres passent devant mes yeux, je leur cours après, essaie de les rattraper, manque de tomber du lit...Un petit saut et voilà je viens de saisir au vol un M...Il me regarde campé sur ses deux jambes et semble se moquer de moi...Pourtant si il savait comme je l'aime ce M...Maman, mariage, magnifique, monde, mouvement...Voilà que la farandole continue, un E ...Enigme, empathie, écrivain, érudit. Puis un S...Sourire, sourcil, sarabande, saperlipopette...Oh un I...Imagination, idiome, immature, immaculée...Un O...Organisation, orage, ovoïde, oublie...Non pas encore un M...Maladie, maudit, malédiction, malchance, mort...Je n'en peux plus, est-ce un signe de l'univers, vais-je donc finir de respirer ici et maintenant, et c'est à ce moment-là que je vois un L se précipiter sur moi...Lent, long, large, laid.

Je tente de lire le mot écrit MESIOML, inconnu me dis-je, ils doivent être dans le désordre, je les mélange à nouveau OMMELIS, non phonétiquement peut-être! Mais qu'allais-je faire d'eux si ils décident de ne pas s'assembler, je cherche encore, soudain il me saute aux yeux SOMMEIL, ainsi donc on me nargue, non seulement on m'empêche de dormir, on m'oblige à passer une nuit blanche, mais de surcroît on se permet de signer son méfait.

Je décide donc d'arrêter de me battre avec eux, je tends la main et saisis un livre sur ma table de nuit, si je les ignore, ils me laisseront tranquille et je pourrai enfin m'assoupir. J'ai toujours au pied de mon lit une pile de livres à lire ou à relire pour distraire mes insomnies. Impossible de lire, les lettres dansent devant mes yeux au point d'y voir trouble...Je décide donc d'essayer la tablette tactile et d'ouvrir un de ces jeux que mon petit-fils m'a téléchargé. Il n'y a pas de lettres que des images, j'allais enfin leur faire barrage et leur montrer qui est le Maître de mes nuits. Je commence donc à cliquer et me retrouve en prise avec Candy-crush, c'est quoi ce délire, je n'y comprends rien, je dois éliminer de la gélatine, idiot comme terme, mou, gluant, immangeable, cela me fait penser à ma cellulite, des losanges oranges se battent avec des carrés, des ronds, de toutes les couleurs et je ne sais même pas comment faire. Je passe mes nerfs sur le clavier et me dis que je n'avais rien vu de plus stupide, lorsque soudain en plein milieu de l'écran je vois s'inscrire la lettre P...Papa, papou, papounet, paradis, enfin tel un chevalier il venait à mon secours pour me sortir de cette horrible nuit !!!

Insomnie Alphabétique 2

 

C'était lui pas de doute et il ne savait comment se manifester, mais lorsque je regarde de nouveau l'écran, plus rien, mon héros a disparu...

Je pose la tablette, commence à me dire que je deviens folle et que je dois absolument me ressaisir.

Je suis bien réveillée avec l'impossibilité de me rendormir, je ne suis pas victime d'un affreux cauchemar, puisque je suis en éveil. C'est alors que tout s'accélère, les lettres arrivent sur moi à grande vitesse, je les évite me baisse, roule, saute dans mon lit...Je dois faire quelque chose, me lever, me laver, m'habiller, ces gestes habituels ces gestes de tous les jours chasseront ces intrus.

Me faire un café bien chaud, le liquide bouillant qui descendra le long de mon œsophage, leur indiquera d'aller perturber quelqu'un d'autre.

De toutes les façons, je n'en ai que faire, ni à ce moment-là et encore moins à cette heure-là, je dois le leur faire comprendre, cela devenait urgent. C'est alors qu'un U, me frappe sur le crâne me laissant presque inconsciente...Ubuesque, ululement, ultimatum, unanime. Je me relève quand je suis attaquée coup sur coup par un C...Cage, caméléon, coup, couteau...Puis un D, oui c'est surement lui qui est en train de me rendre folle le démon, dévoyé, dantesque, dormir, oui dormir!

C'est alors qu'un F s'approche de ma main et semble me montrer un chemin...Fée, force, fadaise, fulgurant. Je me force à tenir mes yeux grands ouverts pour faire cesser cette attaque et décide d'y mettre fin en me levant. Je regarde la paume de ma main et aperçoit le F qui se love à l'intérieur, ce n'est que lorsque je décide de mettre mes chaussons, que baissant les yeux je vois mon pied droit posé sur le K et mon pied gauche sur le H...Je me laisse aller à une régurgitation de mots qui sortent de ma bouche de façon saccadée...Kamikaze, kidnappeur, ku Klux Klan, haine, halluciné, harceleur, hareng...J'ai du mal à reprendre mon souffle; je suis au bord de la folie. Mon esprit n'arrive plus à analyser, c'est donc cela l'aliénation, je suis atteinte du syndrome de l'écrivain si il existe.

Touchée au vif, au plus profond de mon être. Est-ce un signe? Dois-je abandonner l'écriture, dois-je renoncer ? Je fais quelques pas, un Z et un Q sont allongés parterre comme si ils se prélassaient au bord d'une rivière ou bien d'une plage, je cherche de l'eau mais n'en trouve pas , et me dis «Zut, c'est quoi ce zèbre zélé, qui parle avec ce quidam, ce quadragénaire»...Plus d'autres mots n'osent sortir de ma bouche, je me sens vide de sens et voyant un S se profiler à l'horizon, un seul mot hante à ce moment-là ma tête et j'en ai la triste révélation, je suis atteinte de schizophrénie. Que faire appeler les urgences, le SAMU, attendre demain pour aller consulter à l'hôpital, je suis tétanisée, mais continue à avancer, chaussée de mon K et de mon H...Je décide néanmoins d'aller me faire un café, perdre mon corps dans des actions journalières, attirer mon esprit, l'emprisonner dans une tasse, l'empêcher de réfléchir, de penser, juste ce geste familier et cet inconditionnel breuvage tant attendu, ce compagnon indispensable d'une fin de nuit blanche...Le Yin et le Yang...Mais devant l'évier se dresse un B avec ses deux ventres...Bedonnants, ballons, barricades, barreaux...Je le pousse de toutes mes forces, il résiste, se scinde en deux pour laisser place à un W, là s'en est trop, mon corps épuisé s'affale sur un tabouret et je m'entends ânonner, wagon, watt, web, whisky. Oui voilà ce qu'il me faut un alcool bien fort qui va chasser les intrus qui sont dans ma tête. Je me lève et suis littéralement pourchassée par un G, un J, un V, un X, un Y, il me semble alors que tout l'alphabet s'est déversé sur moi, je me jette au sol et me mets à vomir des mots, galère, galeux, jeune, juger, voyou, vociférer, xénophobe, yangchuanosaurus. Le dernier me laisse dans un état comateux, mais où donc suis-je allé le chercher celui-là ! Il n'est pas à moi j'en suis certaine, une autre personne est entrée dans ma peau et ce dernier mot sorti de la pré-pré-histoire va me dévorer. Je suis là allongée sur le sol, les bras en croix, prête à je ne sais quel sacrifice, des larmes coulent de mes yeux, je me vois enfermée dans un hôpital psychiatrique, une camisole de force m'empêche de bouger. Je suis seule, plus aucuns mots ne hantent ma tête, je ne réagis plus, je suis devenue le néant. Plus rien ne m'appartient et je n'appartiens plus à personne. Je sens, alors que j'échafaude un avenir triste et noir, une caresse sur mon bras, comme une plume qui se pose sur moi, je relève la tête, c'est alors que mon regard est ébloui par un A blanc, immaculé, un seul mot me vient à l'esprit : Ange...Il est enfin venu me délivrer, il va me rendre ma vie, mes pensées, mon univers.

 

Insomnie Alphabétique 3

 

Je regarde autour de moi, ouvre grand les yeux, attends que le miracle arrive enfin et me libère de cette insomnie alphabétique. Je suis assise sur mon lit, plus aucunes lettres autour de moi, je cherche en vain un signe et j'aperçois mes chaussons sagement rangés, mon regard se perd tout autour de la chambre, mais rien...Je ne sais plus qui je suis, quelle est la réalité, qu'avais-je vécu...

 

Doucement le monde revient en moi, tout est à sa place. Je me réveille lentement, presque tranquillement, pas de camisole de force, je réintègre le cours de ma vie et je dois me rendre à l'évidence, j'ai juste rêvé, mais quel rêve!!! Entre songe et réalité je pense alors et je ne sais pourquoi à la couleur blanche, ma chemise de nuit ne l'est pas, mais cette nuit là elle l'était, j'en suis sûr. Je l'avais vécue et je ne suis pas prête de l'oublier. L'aube annonce au travers des persiennes le jour qui se lève, une envie fulgurante de café me traverse, je pense alors à la Nouvelle que je dois écrire et dont pour le moment je n'ai que le titre, INSOMNIE ALPHABETIQUE...

Sylvette...3ème prix concours de Nouvelles...Fleury Les Aubrais....2017

 

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31 mai 2017 3 31 /05 /mai /2017 13:19

Nuit blanche

Vous n’y comprendrez rien et moi non plus. Il est évident que cette nuit sera longue et blanche…Pourquoi pas noire, bleue, rouge, jaune…et même verte…Une nuit sombre, ah non pas ça…trop peur du noir, ce serait tout simplement l’enfer, mes idées elles-mêmes, pourraient se mettre au diapason et ne plus revenir à leur couleur normale…Ne vivre que dans la nuit, ne jamais voir la lumière du jour, oublier ce qu’est le soleil et son doux réchauffement. Oui ce doit être le pire des cauchemars, avancer à tâtons, imaginer des contours, mais ne pas vraiment en voir le contenu. Une nuit en dehors du temps, une nuit qui ne s’ouvrira jamais, une nuit triste sans rêves et sans avenir, juste du noir pour une nuit blanche. Un noir profond, un noir venu des entrailles, un noir sans points lumineux, sans rayures, sans tâches, terrible étendue…Le noir de la tombe, le noir du caveau, le noir du costume des croque-morts, un linceul blanc pour une nuit entre Yin et Yang….Enfoncée dans ce noir qui me tire vers le bas, vers ce gouffre, je me laisse glisser en me disant qu’il n’y aura pas de bout à cette nuit là, juste cette histoire entre elle et moi et plus rien, le néant, le vide…Et pour cause, j’ai quatorze ans, je suis dans un aéroport, celui d’Oran en Algérie, nous sommes en 1962 et mon père vient de nous y déposer avec ma grand-mère. Nous devons attendre un hypothétique avion militaire qui devrait nous rapatrier sur la France, notre Mère-Patrie et plus particulièrement à Marseille, on ne sait quand, on ne sait comment. Des jeunes du contingent patrouillent en permanence dans le but de nous protéger, et la seule chose que je sais, c’est que je vais passer une, deux ou trois nuits blanches en attendant notre sauveur volant. Pas de possibilité de dormir ou a même le sol car rien n’est prévu. Un grand écran noir devant mes yeux qui pleurent, départ et abandon de tout ce que j’ai connu, ne pas sombrer dans la tristesse, je décide de me battre contre la morosité ambiante et de faire de cette nuit et des prochaines, des nuits colorées, habitude qui reviendra tout au long de ma vie chaque fois que le sommeil refusera de m’envahir. C’est dans cette sensation de chute qu’au milieu de cette nuit blanche m’est apparu mon premier mur bleu, le bleu des myosotis, le bleu de ma méditerranée, le bleu d’un ciel d’Azur, juste ce lac bleu qui me repose et plus tard le bleu de Klein qui me hantera. Je reste éveillée, les yeux rivés sur ce bleu, une grande histoire entre lui et moi, l’histoire de ma vie, ma vie que je rêvais toute en bleue. Ne plus penser à rien, me noyer en lui, nager au milieu des dauphins et des baleines, un monde azur, une nuit blanche toute en bleue….Une nuit où chaque Ange aurait sa place, une nuit de rêves bleutés…Je ferme les yeux cherchant désespérément le bleu de ce pull que ma mère m’avait ramené de Paris lors de son dernier voyage avant le rapatriement définitif, ce bleu en adéquation total avec le ciel de mon Algérie Natale. D’habitude, elle tricotait mes pulls, mettant des couleurs, des rayures, des zébrures, ou alors elle faisait des mailles larges, et pour cause, il faisait chaud chez nous même en hiver. Mais là, ce pull était uni et l’étiquette portait la mention « Made in France », ce serait m’étais-je dis le pull de ma première « Boum » que je devais donnée pour mes quatorze ans, un pull qui venait de Paris…Mais ce que je ne savais pas et que personne n’appréhendait ce serait le départ brutal, dans l’urgence vers cette France qui ne nous attendait pas, un mois seulement après la surprise party donnée en mon honneur, avec pour tout bagage une petite valise contenant le fameux pull bleu que je garderai pendant de longues années comme le symbole d’un bonheur et d’une adolescence à jamais disparus.

La nuit s’étire lentement et je foule le ciel propre et sans nuages, un jour de Mistral de cette ville de Marseille qui avec son ciel d’Azur m’adoptera, mais me bousculera parfois sans tendresse. J’enterrerai ma grand-mère paternel qui m’avait élevé l’année de mes quinze ans et mon père l’année de mes seize ans…Mais comment pleure t’on avec un tel ciel d’Azur, rester digne, enfouir peines et pleurs au fond de soi et continuer envers et contre tout et tous à sourire et à vivre au beau milieu du bleu de ma vie.

C’est pourquoi le rouge s’imposera à moi, le rouge de la révolte, de ma révolte…Et ce n‘était pas avec cette couleur flambante que ma nuit blanche se terminerait, mes yeux restaient irrémédiablement ouverts. Cette couleur m’amenait sur les pistes de latérite du Gabon, après une journée complète sur ces pseudo routes, je rentrais à Libreville la peau rougie par la poussière qui volait dans l’air et venait se coller sur la peau et le cuir chevelu, nous donnant l’aspect de cette tribu indienne que l’on appelait les « Peaux Rouges »….Mais pas que, cette couleur était aussi celle du sang, qui coulait de mes genoux alors qu’enfant un peu casse cou, je faisais une mauvais chute…Et c’était en ravalant mes larmes que je finissais par accepter que ma grand-mère nettoie mes genoux et les tamponnent de mercurochrome qui leur donnait pour quelques jours la couleur de la conquérante que je pensais être. Mais c’était aussi la couleur de mes folies théâtrales, qui devinrent l’expression de mon écriture…Un rideau rouge qui s’ouvre et ces textes de Guitry que je pense avoir oublié. Les angoisses qu’avait revêtues cette couleur flamboyante sur laquelle en bon taureau je fonçais allègrement. Moi toute en noir, mon trac tout en rouge, dégoulinant sur moi telle une bête que l’on vient de dépecer, me laissant parfois sans voix à la limite de cette voie théâtrale que je pensais avoir trouvé… « Adore ton métier, c’est le plus beau métier du monde… » Mais dégoulinante de ce sang imaginaire qui me collait à la peau, je ne pus aller plus loin, ajoutant à mes mots débutants et trébuchants, des maux théâtraux qui me laissèrent à jamais sur le banc des spectateurs.

Ce n’est qu’en revenant à cette nuit sans rêves que je fus éblouie par cette couleur jaune qui me léchait de ses rayons et que je ressentie cette incroyable chaleur qui pouvait rappeler l’astre solaire sans qui la terre n’aurait plus lieu d’exister. Ce n’était certes pas une couleur que je portais, mais elle m’attirait tel un aimant, et elle continuait à m’agripper encore et encore réchauffant mes entrailles et mes nuits. C’est vers elle que j’étais attirée lors de mes choix de tableaux ou de draps…Je la rêvais et la caressais souvent…Elle m’ouvrait des horizons, je me rechargeais au contact de sa luminosité et m’entourait de son halo bienveillant qui tel une herse, me protégeait de ce noir sans appel qui pouvait m’emporter vers les profondeurs desquels je savais ne jamais remonter, engluée par ce noir absolu ne laissant passer aucune possibilité d’une vie après la vie…Que de fois j’ai trébuché, que de fois j’ai eu envie de me laisser glisser, que de fois j’ai voulu partir pour ne jamais revenir, mais que de fois ma conscience habillée de jaune me ramenait sur le bord de ce rivage tant haï et tant aimé que l’on appelle la Vie…

C’est alors que sur une pelouse verte et de peur de retourner vers le néant, je me mettais à courir enfonçant mes pieds dans cette terre qui me ramenait à la Vie. Cette couleur de mon bien-être, je la rechercherai chaque fois que le doute se réinstallera en moi, elle m’équilibrera, m’apaisera, me soignera, m’ouvrira d’autre horizons…Je la porterai pendant quelque temps, l’abandonnerai, la chérirai à nouveau, et c’est en me mettant au vert que souvent mes idées désordonnées se mettraient en place, au milieu d’une clairière ou d’un champ parsemé de fleurs…Une fois de plus au bout de cette nuit blanche toute en couleur, je repartais vers cette vie qui étais la mienne et que finalement je n’aurai pu échanger même pour le plus beau des royaumes, car elle était riche en Amour, en Amitié, en Enseignements et en Humanité…

Sylvette, Pensées personnelles, 31 Mai 2017

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 18:44

Assise sur l'escalier en Pierre de la demeure de grand mère , j'essaie de me souvenir de son visage, de sa voix, et des conseils qu'elle me donnait si souvent, enfant, adolescente , mais également lors de mes périodes amoureuses lorsque, invariablement je me demandais si le garçon que je venais d'embrasser était le prince charmant que mon cœur espérait...J'attendais ce moment extraordinaire où elle me disait de poser ma main sur la pierre , cette fameuse pierre ronde comme un galet et qu'elle disait magique...Dans ces moments là sa main recouvrant la mienne, elle aurait pu me parler ainsi pendant des heures sans que je ne bouge, écoutant sa voix égrener ses multiples et fabuleux souvenirs. Comme à chaque fois le récit qu'elle m'en faisait était différent, comme si grand mère avait eu plusieurs vies...Mais ces histoires là, vraies ou non, m'ouvraient des horizons extraordinaires me permettant de comprendre ce que je vivais à ce moment là et qui me paraissait alors être dans ma tête de petite fille un événement insurmontable...

Déjà dans ma petite enfance, si j'arrivais chez elle avec un gros chagrin parce qu'on m'avait pris mon goûter, tiré les cheveux, déchiré ma robe, parce que je m'étais battue et que maman allait me gronder, la pierre magique et la douce voix de grand mère me consolaient et j'entrevoyais les choses plus sereinement...Et puis si maman risquait de me gronder, les arguments pour défendre ma position me venaient plus facilement à condition que celle ci soit défendable car lorsque j'avais tort ,j'attendais la punition qui découlait inévitablement, beaucoup plus dans l'acceptation et non pas avec un sentiment d'injustice...Ainsi j'appris dès l'enfance que même en cas de sottises ou de mauvais comportements, il y avait toujours moyen de changer le cours des choses à condition d'accepter les conséquences qui pouvaient en découler ; une certaine manière de grandir et de voir les choses avec plus de discernement...Mais s j'avais raison, j'appris à défendre mon point de vue avec force et véhémence car cela faisait partie de mon caractère, toujours dans le respect de l'autre...même si cela m'était difficile parce que la colère pouvait envahir ma tête et mon cœur, m'empêchant d'avoir un sentiment objectif...

Cette pierre magique j'appris très tôt qu'elle était comme un secret entre grand mère et moi...Elle m'avait fait promettre de ne pas en parler, autrement le pouvoir surnaturel qu'elle dégageait disparaitrait...Je compris ainsi, que maman n'avait pas eu droit au même traitement que moi, et que si j'en parlais, grand mère risquait de se faire gronder, aussi considérais je ce secret aussi magique que la pierre...

Un jour il m'en souvient je venais de rentrer en sixième, j'étais tétanisée d'avoir quitté mon école, ma maîtresse, mes amies pour aller vers cet inconnu...Je n'avais plus envie d' apprendre , je ne voulais pas me faire de nouveaux amis...Je me disais que je n'étudierais plus et qu'ainsi on serait obligé de me renvoyer...Alors grand mère me raconta cette histoire extraordinaire qu'elle avait vécu( ou bien maintenant je me dis sûrement inventé)...Je ne sais par quel miracle alors que je pensais que nous étions d'Afrique du Nord, je me suis retrouvée arrière petite fille de réfugiés Italiens, arrivés en France sans argent, ayant tout abandonné pour donner à leurs enfants la chance de faire des études et de pouvoir s'en sortir dans la vie...Ils avaient tout connu , les chambres sordides entassés les uns sur les autres, le manque de nourriture, les insultes et les quolibets des autres enfants qui les traitaient de « nabots » ou de « sales italiens ». Mais ses parents d'honnêtes travailleurs continuaient à leur inculquer la force du travail et les obligeaient à parler en Français à la maison même si parfois eux mêmes avaient du mal à comprendre...Sa maman n'eut aucun mal à régaler les papilles de nombreuses familles françaises car elle était paraît il une fameuse cuisinière , ainsi devint elle rapidement la Regina de la « Pasta »et de la « Pizza »...Son père appris très vite le métier de maçon et la construction d'une maison n'eut plus de secrets pour lui...Ils ne comptaient pas leurs heures, et les enfants devaient se débrouiller seuls, mais ils avaient tous un objectif apprendre à l'école et pouvoir enfin aider leurs parents...Alors eux qui s'était battus avec la vie, avec les études, avec le temps, comment moi petite fille pouvais je penser une seule seconde que parce que je changeais d'école le monde s'écroulait..

Et puis elle eut un argument extraordinaire..Elle, ma grand mère n'avait pas pu bénéficier de la pierre magique...

-Mais alors grand mère comment a-t elle pu arriver jusqu'à toi?

Et inévitablement elle me répondait

-Un jour viendra où je t'expliquerais peut être, mais ce n'est pas encore le moment...Un jour tu grandiras et puis tu comprendras...

Cette pierre grand mère m'avait toujours dit qu'il fallait rester longtemps la main dessus et que seulement lorsqu'elle devenait chaude, très chaude, la solution apparaissait...Alors on la tenait le plus longtemps possible, je ne bougeais pas, et sa main sur la mienne, elle me racontait ses histoires qui de près ou de loin avaient finalement un lien avec le problème ou l'incident qui me préoccupait..

Oh que j'ai aimé ensuite ces années de collège entre la sortie de l'enfance et l'adolescence Toutes ces années où mon esprit se transformait en même temps que mon corps...

Cette impression de devenir quelqu'un d'autre tout en ne voulant pas dire « au revoir » à la petite fille...

De mon enfance j'avais gardé mes secrets avec grand mère et c'est à elle et à la pierre magique que je confiais mon évolution, mes questions , mes doutes, mes erreurs, mes premiers Amours, mes premiers chagrins d'Amour...A chaque fois j'ai cru mourir, mais sitôt posée la main sur la « pierre », je me sentais ressuscitée...Comme si tout au long de ces années cette Pierre était devenue la Pierre de Vie, celle qui me donnait la voie à suivre, celle qui m'insufflait ma joie de vivre...

Grand mère me disait souvent

-Petite je vieillis, quand je ne serais plus là, ne pleure pas, pense juste souvent à la pierre et à ce que nous faisions ensemble, n'oublies pas de réfléchir avant de faire quelque chose , prends ton temps et si tu te trompes, corriges tes erreurs et continues à avancer...

Mais moi du haut de mes quatorze ans je me disais qu'elle était immortelle et qu'elle s'inquiétait pour rien...

Oh elle avait encore ces histoires étranges et rocambolesques à me raconter, mais qui lui servaient de support pour m'aider à avancer...Je fus tour à tour arrière petite fille d'un capitaine au long cours qui fit preuve d'actes de bravoure pour sauver son équipage, alors que son bateau était attaqué par des pirates...Et puis d'un Prince Russe déchu qui avait du quitter la Russie devenue communiste...et se reconstruire tout en restant digne...Ah oui j'oubliais mes arrières grands mères qui n'étaient pas en reste...Descendante d' Hachepsout, l'unique Pharaonne d'Égypte, l'une fut enlevée par un Prince Arabe, beau comme un Dieu et dont elle arriva à négocier sa sortie du sérail...Et bien d'autres encore...Bref ma grand mère aurait pu écrire des livres tant son imagination était fertile, et même en grandissant alors qu'elle savait que je ne croyais plus à ses histoires, elle me disait souvent...

-Laisses à ton esprit sa part de rêves, c'est la seule chose que personne ne pourra te prendre , et si tu n'en réalises qu'un seul dis toi que tu auras eu une belle vie...

-Mais alors grand mère Notre Pierre magique fait elle partie du rêve ou son pouvoir est il réel ?

- Mais, mon enfant si tu me poses cette question c'est qu'il faut encore que tu grandisses..

J'ai continué à avancer entre l'Amour de mes parents et mes visites à grand mère...Oui c'est vrai à l'adolescence j'ai espacé, je l'aimais toujours autant , mais je voulais montrer que maintenant j'avais grandi et que j'avais ma vie...

Mais très vite lorsque j'avais un chagrin je venais chercher le réconfort de la pierre et de grand mère...

Les années d'études , des amis, des sorties, la découverte de la vie, m'ont certes un peu éloigné des miens , mais je savais qu'ils étaient là et je me sentais invincible...

Je pensais m'éloigner d'eux , mais je m'étais construite grâce a eux et aux histoires de grand mère...Je les avaient toutes enfouies au fond de ma mémoire et lorsqu'une situation difficile se présentait à moi , j'allais dans mon « coffre fort » à histoires et souvent en y repensant je trouvais une façon de contourner la difficulté...Alors dans ces moments là j'appelais grand-mère lui demandais de mettre sa main sur la Pierre , et je me sentais rassérénée, plus forte et prête à affronter mes peurs et mes angoisses...

Un jour alors que je finissais mes études et m'apprêtais à rentrer dans la vie active, maman m'appela pour me dire que grand mère très fatiguée était rentrée à l'hôpital...J'arrivais à Nice par le premier avion , filait à l'hôpital, mais déjà ses forces la quittaient et je n'eus que le temps de l'embrasser...

Elle ouvrit les yeux et murmura ,

- Le premier tiroir de la commode ,

me sourit et s'en alla rejoindre ses princes, capitaines, commandant, agents secrets...

Ma peine fut immense, et je me demandais comment j'allais faire pour vivre sans elle. Mes parents sachant la complicité qui nous unissait et l'amour que je lui portais m'entourèrent de toute leur affection...

Et puis à quelques temps de là maman me dit

- Tu sais j'aimerais que tu viennes avec moi chez grand mère , nous devrions nous séparer de quelques affaires et peut être veux tu en garder quelques unes?

Je l'ai regardé abasourdi , comment pouvait-on penser à vider la maison de grand mère, pour moi tout était à garder car c'était le monde de mon enfance...Comment pourrais je dire ou voir mes parents vendre ou donner telle ou telle autre chose, objet, meuble, avec eux partiraient tous mes arrières grands parents, tout mon héritage d'histoires fabuleuses, rocambolesques se perdraient dans la nature..J'allais me trouver Orpheline à la puissance X...Et puis si les personnes qui achetaient tel ou tel meuble ou objet voyaient tout à coup en sortir un personnage, ils ne comprendraient pas, ils penseraient halluciner...Et puis peut être pour se débarrasser de ces drôles d'hallucinations se mettraient t-ils à brûler meubles et objets...

Et grand mère souffrirait...Mais comment faire?..

Assise sur l'escalier en pierre je réfléchissais....Tout à coup la voix de maman me disant de me couvrir et de m'asseoir ailleurs que sur la pierre froide me fit l'effet d'un électrochoc...Grand mère partie, j'avais oublié celle qui m'avait souvent aidée à trouver des solutions à mes petits problèmes de vie,

« Ma Pierre magique », voilà il n'y avait qu'elle pour m'aider à y voir plus clair...Il me semblait bien que grand mère m'avait parlé avant de s'en aller vivre d'autres aventures...Je restais là prostrée , incapable de me souvenir...

Soudain j'entendis maman dire à Papa ,

-Cette commode je l'ai assez vu toute mon enfance, on pourrait la vendre...ou peut être la donner...

Je bondis sur mes pieds , rentrais dans la maison, déboulais dans la chambre de grand mère et me mis devant la commode prête à en découdre avec le premier qui y toucherait...

Mes parents me regardèrent ahuris ne comprenant rien à mon désordre mental...Je n'arrivais pas à parler, hoquetais,trépignais...Maman pris papa par le bras et sortit de la chambre me laissant enfin seule avec « ELLE »...Je tournais autour, n'arrivant pas à me décider à ouvrir le tiroir, elle avait dis le premier , et puis il fallait faire vite les parents allaient revenir...Alors je posais mes deux mains sur les poignets de la commode et me mis a tirer...Impossible, impossible d'ouvrir...je m'y reprenais à plusieurs fois, m'arque boutait...Rien à faire...Alors mentalement je me mis à parler avec grand mère , je caressais le tiroir, repris en main les poignets, et soudain il s'ouvrit comme par enchantement...

Elle était là , en plein milieu...Je la regardais, n'osais pas la toucher...Mais elle n'était pas seule...Elle était accompagnée entre autres de ma dernière tétine, de mes premiers chaussons et dans une petite boite , ma première dent de lait...et quelques autres objets m'ayant appartenu...Je me souvenais de tout, grand mère avait donné ma « teut » au Père Noël, j'y avais cru « dur comme fer » et pour prouver que j'étais grande , je n'avais plus pleuré pour m'endormir...

Et puis la dent elle, était tombée alors que je croquais dans une pomme...Enfin j'attendais cela depuis si longtemps car on m'avait promis que si je la mettais sous l'oreiller la petite souris avalerait ma dent et me laisserait une belle pièce pour mettre dans ma tirelire...

...Oh une carte que j'avais écris lors d'un voyage avec papa et maman, enfin qu'ils m'avaient dicté, je m'en souvenais bien , maman m'angoissait pour que je forme bien mes lettres et papa lui demandait de contrôler les fautes d'orthographes et moi je ne comprenais pas pourquoi il fallait écrire à grand mère puisqu'on lui avait parlé au téléphone et puis que de toutes les façons ils allaient oublier de la poster et qu'elle arriverait alors qu'on serait rentré et c 'est ce qui arriva...

...Ca alors mon cahier de poésie du cours élémentaire 1ère année!!!Je me souvenais tout à coup de cette maîtresse si gentille qui m'avait donné envie d'apprendre ces poèmes et de les réciter. Chaque poésie c' était comme un véritable voyage, une histoire extraordinaire, comme celles que me racontaient grand mère...

Elle me les faisait réciter et me disait toujours ,

-tu ne dois pas apprendre par cœur mais comprendre ce que tu récites...Toute la beauté d'une poésie est dans l'intonation et dans la façon que tu auras de la réciter...Prends ton temps, respectes les points et les virgules, rends hommage à l'auteur, n'oublies pas son nom car il vient de te combler de plaisir...Le plaisir des mots ,de la rythmique

...Et puis il y avait le dessin , le fameux dessin qui devait illustrer la poésie...Il fallait s'appliquer, mettre les belles couleurs...Que de souvenirs dans un cahier de poésies d'enfant...et que d'images enfouies au fond de notre mémoire visuelle...

Que de plaisir aussi et que d'angoisses lorsque la maîtresse nous désignait pour aller réciter devant toute la classe...

...Et puis ma première montre, enfin j'étais capable de me diriger dans le temps...Quelques autres objets auquel j'avais tenu et tout un tas de photos de moi a différents âges...

Oui grand mère avait gardé toutes ces choses qui avaient constitué ma petite enfance et m'avaient permis de grandir et de me construire...

Et « Elle » elle était là au beau milieu et je n'osais même pas la prendre, mes yeux la caressaient, mais mes mains avaient du mal à s'en emparer...Il fallait maintenant que je fasse vite , mes parents n'allaient pas tarder à revenir et je devais la soustraire à leurs yeux, ils ne comprendraient pas , la prendrait pour un vulgaire galet et seraient capable de la jeter...Pour moi c'était ma lampe d' Aladin, le plus beau cadeau que grand mère pouvait me faire...Toute mon histoire jusqu'à présent était inscrite dans la mémoire de cette pierre...

Toutes les histoires que me racontait grand mère elle en avait été le témoin...

La voyant là accompagnée de ces autres objets, je comprenais bien sur, qu'elle avait été un prétexte pour m'aider à grandir, mais en la gardant près de moi et avec moi elle me ferait souvenir que grâce a telle ou telle autre histoire, ma vie de jeune enfant s'était construite...Certes c'est en moi que je trouverais la façon d'accepter les joies, de surmonter les épreuves et les peines qui accompagneraient ma vie, et c'est encore en moi que je trouverais la force d'être à mon tour mère et peut être grand mère...Mais je suis sure que si elle est là près de moi , juste de la caresser le pouvoir magique que grand mère y avait mis reviendrait...

Les gens garde des photos des êtres chers ou un objet qui leur rappelle qu'ils ont été là, moi c'est cette pierre qui me dira toujours que grand mère pense à moi et ne m'oublies pas...

Aller un effort, mes mains cessez d'être tétanisée...Je les avance...Instinctivement elles reculent, intimidées...Mes mains ont peut être peur du contact de ce que cela va provoquer chez elles...Mais il faut faire vite , mes parents vont revenir, ne rien comprendre et polémiquer quand au galet que je veux garder...Je les entends déjà me railler...Un vulgaire galet Niçois comme il y en a tant sur les plages, même pas un qui est peint, non un galet comme ceux que tous les enfants niçois aiment à lancer dans la mer, un de ces galets qui vous font mal aux pieds et dont on a du mal a se passer...D'ailleurs Nice sans ses galets ne serait plus Nice...et pourquoi celui ci et pas un autre???

Mais pour moi ça n'a jamais été un galet, mais « Ma Pierre Magique », qui détient la mémoire de mon enfance et de toutes les histoires de Grand mère...

Voilà mes mains vous y êtes ...Oh, merci!!! Enfin vous avez cet extraordinaire courage de le faire...

Elles s'en saisissent et tout à coup manquent de la lâcher!!!La chaleur qu'elle dégage me brûle les mains...Je sors en trombe de la chambre, cours me réfugier sur l'escalier en pierre , la pressant contre mon cœur, sa chaleur m'envahit et enfin mes larmes coulent...Je dis Adieu mentalement à mon enfance, le monde des Adultes s'ouvre à moi...Qu'importe tout ce qui se trouve dans la maison, la mémoire de mon enfance est là dans cette merveilleuse Pierre que je serre tout contre moi...

3ème prix du concours de Nouvelles de la Ville de Nice en 2013

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 18:41

Et si...Et pourtant..Ou le Baiser oublié...

Et si...Sa vie ne pouvait s'arrêter là...Il avait tout juste 20ans. Il marchait dans ces rues du Vieux Nice, en proie à une réelle confusion. Que devait il faire ? Aurait-il le courage de passer la limite de ces vieux bâtiments et de partir vers l'inconnu...Il avait toujours pensé que son horizon était là, dans ces petites rues où les bâtiments serrés les uns contre les autres lui offraient un rempart contre le reste du monde, contre les fantômes venus d'un autre ailleurs, qui hantaient sa vie, qui hantaient sa tête, le rendant parfois insupportable à la limite du supportable...Personne à qui parler, les quelques Niçois qui étaient restés debout après cette épidémie de grippe, s'étaient enfuis, abandonnant le peu qu'il leur restait et laissant les cadavres derrière eux...Les odeurs nauséabondes des corps en décomposition emplissaient l'air...Son visage était a demi caché par un foulard qu'il avait attaché devant sa bouche et son nez et qui lui permettait de filtrer quelque peu l'air ambiant avant qu'il n'arriva à ses poumons...C'est à ce moment là que la cloche de l'Eglise Saint François qui sonnait les 12 coups de midi le fit sursauter...Midi se dit-il, où vais je trouver à manger ? Les grilles de la colline du château devaient être fermées, pour éviter que les quelques malheureux encore en vie et victime de ce syndrome mortel de la grippe n'aillent contaminer les braves gens du port, ou ceux de la place Garibaldi...Ils avaient barricadé toutes les sorties ne laissant plus personnes s'aventurer à l'extérieure...Ne sachant où aller, il dirigea ses pas vers l'hospice de la Providence, peut être quelqu'un était-il encore là et pourrait lui permettre par un quelconque mets de calmer les tiraillements qui harcelaient son estomac...Il s'approcha donc du couvent qui avait pour mission d'accueillir les jeunes filles abandonnées et se tint immobile quelques secondes devant la grille..L'oeuvre qui avait été crée par Eugène Spitaliéri de Cessole avait également pour vocation de donner à manger sous forme d'une « soupe économique » aux pauvres et à tous ceux sans fortune qui venaient se perdre dans le Vieux Nice...Ils vivaient de dons, du travail de confection de chapeaux de paille , mais parfois encore louaient les jeunes orphelines comme pleureuses dans les enterrements...Il se dit inconsciemment qu'elles devaient avoir fort à faire par ces temps de grandes épidémies!!!Cependant il souhaita tout de même qu'il resta quelques « Cessolines » pour lui offrir ne serait ce qu'une soupe...Sa main tira fortement sur la cloche qui se trouvait à l'entrée du couvent et il attendit...Au travers de la grille il tentait d'apercevoir si la vie animait encore ce lieu...Il patienta un long moment , trop fatigué pour penser seulement à partir, et tout à coup il vit une vieille soeur qui trottinait doucement vers lui...Il enleva le foulard qui découvrit son visage et demanda où était le reste du couvent, il s'entendit alors répondre qu'elles étaient toutes parties sous la protection du Vicaire qui était venu chercher son troupeau de jeunes âmes pour les mettre à l'abri hors du Vieux Nice...Mais elle, elle était une soeur tourière, avait vécu toute sa vie là, et ne comptait pas en partir tant qu'elle serait en vie...Elle avait fort bien compris qu'il cherchait à manger, elle lui ouvrit donc la grille et lui proposa de la suivre...Ils se dirigèrent vers les cuisines et là il sentit l'odeur caractéristique de la soupe , mais surtout celle si familière de la socca...Son estomac avait de quoi s'apaiser, il commença d 'abord à boire la soupe à la manière un peu gloutonne de ceux qui ont manqué de nourriture pendant quelques temps, puis il ralentit son rythme et apprécia la socca qu'il mangeât sous l'oeil attendri de la vieille soeur .

Il se sentit renaître à la vie et se dit que finalement il avait eu raison de poursuivre sa quête jusque là...Enfin rassasié il regarda notre gardienne des lieux et entama avec elle un dialogue de sourd...Il était presque sûr que ce couvent construit au XVII ème siècle et reconstruit en partie en 1812 par Eugène Spitaliéri de Cessole était doté d'un passage secret qui permettait de rejoindre le port . Il fallait absolument que la soeur lui en indiqua l'endroit..Pour l'heure mal grès sa gentillesse , il voyait bien qu'elle campait sur ses positions bien décidée à ne rien lui révéler, lui expliquant encore et encore qu'étant la doyenne du couvent, elle voulait mourir là où elle avait passé la plus grande partie de sa vie et c'était l'unique raison qui l'avait empêché de partir...

Ne pouvant la décider à lui ouvrir son coeur, il pensa lui demander l'hospitalité pour la nuit se disant qu'ainsi il pourrait parcourir les lieux en toute tranquillité pour trouver le fameux passage , il restait persuadé que là était sa survie...Plus par charité chrétienne que par envie d'une compagnie quelconque, la soeur lui indiqua une cellule où dormir, qui se trouvait au même niveau que la cuisine et lui signifia que le diner serait servi à 18H ...Il resta donc dans la cour , puis accéda par des escaliers au jardin où la vue magnifique sur Nice le remplit de tristesse et de nostalgie..Le soir arriva vite et à l'heure convenue, la nuit déjà tombée, il alla partager le repas frugal que la soeur lui avait servi, un peu de soupe , du pain et un morceau de fromage...Elle ne mangeait guère et le regardait cherchant surement à percer ses intentions...Il avait décidé de ne pas la brusquer et de ne plus poser de questions...Elle l'avait vu s'occuper entre autre des fleurs dans l'après-midi et c'est sur ce sujet que la conversation entre eux prit une vitesse de croisière...Il l'aida à débarrasser et sur le coup des 19h ,ils se quittèrent comme les meilleurs amis du monde...Il demanda la permission de faire quelques pas dans la cour avant d'aller se coucher et vers 20H intégra sa cellule...Tout était d'un calme quasi-religieux , la soeur devait dormir, certainement à l'étage où se trouvaient les dortoirs des Cessolines, et il attendit quelques temps encore, assis sur le lit , mais surement fatigué par sa journée d'émotions , son corps s'avachit lentement et il s'endormit.

Un bruit le fit sursauter, on tapait à la porte, précautionneusement il ouvrit pensant à la soeur et se trouva nez à nez avec une jeune femme habillée d'une drôle de façon et qui un battoir à la main le regardait, en lui faisant de grands signes pour qu'il la suive. Un rapide flash, lui fit souvenir du monument qui depuis 1923 , donc quelques années avant sa naissance, se trouvait sur le mur de l'ancienne porte Pairolière...Mais que faisait-elle là??? Il trouva pour le moins insolite cette rencontre avec Elle, et pris de panique referma brusquement la porte de la cellule...Quelques coups le rappelèrent à l'ordre , il ouvrit de nouveau et bégayant lui demanda son nom...

Catarina lui dit-elle.

Elle parlait donc et n'était pas de pierre, la maladie le gagnait, peut être s'imaginait-il des choses. Son regard glissa de nouveau sur une des mains de la jeune femme et aperçut le battoir...Non c'était bien elle , son idole, celle qui le faisait fantasmer, cette femme extraordinaire , cette Niçoise capable d'avoir mis en déroute le 15 Août 1543 une armée de Turc , juste avec un battoir...

Alors doucement il lui redemanda son nom et elle répondit de nouveau...Catarina, puis s'arrêta quelques secondes et rajouta...Ségurana...Mais comment était-elle sortie de son monument? Pourquoi venait-elle maintenant le chercher alors qu'il était peut- être déjà atteint de la grippe et qu'il allait sûrement mourir!!!

-Venez, suivez moi lui dit-elle, je sais où se trouve le passage secret, vous aviez raison il existe bien.

-Mais qui êtes vous? D'où venez vous? Et qui vous a dit que je cherchais le passage secret, je suis mort c'est cela même, vous arrivez de l'autre monde, voilà pourquoi vous lisez dans ma tête...Mais je n'ai pas envie d'aller avec vous, je veux vivre encore un peu, pitié!!!

-Cessez donc vos jérémiades Jacques et suivez moi, je vous expliquerai en chemin ce qui m'a mené jusqu'à vous.

-Et voilà que vous savez aussi mon nom, alors que vous ,vous usurpez celui de la statue de pierre et

même ses vêtements...Je ne comprends rien!!!

-Faites moi donc confiance, si j'étais en pierre comme vous le prétendez je ne parlerai pas et si je venais de l'au-delà , je ne vous apparaîtrai pas en chair et en os...Je vous expliquerai plus tard les vêtements et le nom, suivez moi , nous devons faire vite, la maladie a fait un pacte avec la mort et semble prête à lui livrer encore quelques âmes.

Ces dernières paroles le décidèrent a suivre la jeune femme. Elle s'engagea doucement dans des couloirs très longs et immenses en direction de la chapelle. Lorsqu'enfin elle y arriva, elle poussa très vite un des battants tout en jetant un coup d'oeil pour voir si il suivait bien...Il entra derrière elle , referma doucement la porte et la suivit dans la pénombre de la chapelle. Une douce lueur leur permettait de se déplacer, elle provenait de quelques énormes bougies qui brûlaient encore, semblant patiemment attendre la personne qui les avait allumées...Ils se présentèrent devant l'autel de marbre noir, il allait machinalement faire une génuflexion , le Christ sur sa croix semblait lui demander ce qu'il faisait là, lorsqu'il il la vit se baisser. Il pensa alors qu'elle n'allait pas commettre le sacrilège d'y toucher, quand elle lui fit signe d'approcher, ils ne s'étaient plus parlé depuis leur départ de la cellule.

-Ce doit être ici lui dit-elle, c'est ce qu'elle m'a indiqué, la Chapelle n'a jamais été modifiée depuis que la première messe y a été dites le 2/04/1669 par l' Evêque de Nice de l'époque Mgr Diego della Chiesa...Soulevez donc l'autel, il devrait bouger cela n'est possible que dans le courant de la nuit et seulement à 3h du matin, nous sommes juste à l'heure...

Il fit comme elle lui dit et s'aperçut qu'elle semblait réciter quelque chose à voix basse , c'était presque inaudible, comme une phrase magique, il souleva de toutes ses forces, à sa grande surprise l'autel bougea, c'était extrêmement lourd et il se demanda comment il allait y arriver tout seul...Il la vit alors se pencher et glisser le battoir à l'endroit où la pierre avait bougé, puis elle alla à l'opposé et souleva avec lui. L'autel se déplaça et une trappe apparut...Elle la poussa ,quelques escaliers creusés dans la roche étaient visibles...

-Passez donc lui dit-elle, vous y êtes , prenez le tunnel et continuez jusqu'au bout, il devrait s'étaler sous la colline et ressortir au port, ensuite vous serez en zone saine, bonne chance...

Il la regarda hébété !!!

-Mais je n'ai aucunement l'intention de partir sans vous, je veux savoir qui vous êtes réellement, venez avec moi, je peux rencontrer d'autres problèmes et je ne pourrai m'en sortir tout seul, s'il vous plaît...

-Je ne peux pas Jacques, je dois remettre l'autel à sa place , personne ne doit savoir l'existence de ce passage secret, il sauvera des vies , pas maintenant plus tard, bien bien plus tard...

-Alors tant pis je ne partirai pas sans vous, de toutes les façons ma vie n'avait plus aucun goût, que vais je faire à l'extérieur du Vieux Nice, mon existence a toujours été là, vous faites partie de moi, de mon histoire. Tous les jours je suis passé devant votre statue, me disant que c'était une femme comme vous que j'aurai aimé rencontrer, capable de faire fuir une armée de turcs juste avec son battoir...

-Vous devez partir, je dois aller sauver d'autres personnes , une autre vie vous attend, un jour vous accomplirez de grandes choses dans cette ville, votre vie ne doit pas s'arrêter ici et puis je ne vous

quitterai pas vraiment...Au fond de votre coeur je vais déposer un baiser, il restera là éternellement et vous protègera...Mais si vous l'oubliez , vous dévierez du droit chemin , vous connaîtrez alors l'exil et je ne pourrai plus rien faire pour vous...

-Mais vous m'avez dit que vous me raconteriez pourquoi vous êtes là et ce nom Catarina Ségurana, mais je vous en supplie qui êtes vous vraiment?

-Je ne devrais pas vous le dire, mais j'ai bien compris qu'autrement vous ne partirez pas et vous devez quitter le Vieux Nice maintenant, pour mieux y revenir plus tard. Je vais parler mais vous devez me promettre de ne jamais le dire à personne, jamais au grand jamais, jurer le maintenant.

-Je vous le jure dit-il portant instinctivement la main à son coeur.

-Voilà dit-elle, je suis en quelque sorte la filleule de Catarina Ségurana...Après avoir fait fuir les Turcs, l'on raconte que le Duc de Savoie Charles III, pour la remercier lui offrit une maison que sa famille vendit plus tard en 1668 aux soeurs de la Visitation pour devenir le Monastère de Saint François de Sales...Elles avaient pour mission de faire construire un monastère et sa Chapelle en rachetant des maisons, des terrains , des propriétés qui répondaient toutes à ce seul cahier des charges « Alle falde del Castello, nella parocchia di San Martino, vicino all'ospedale di Santa Croce... » La maison de Catarina se trouvait exactement où nous sommes et le passage secret existait déjà, lorsque les soeurs créèrent la chapelle , pour qu'il ne fut plus jamais emprunté, elles décidèrent d'y faire construire l'autel au-dessus et choisir le marbre qui était considéré à l'époque comme une des pierres les plus lourdes, se disant que par sa sacralité et par sa couleur noire personne n'oserait y toucher.

-Je n'y comprends rien dit Jacques, mais alors si vous n'êtes pas la vraie Catarina pourquoi vous habiller comme elle et pourquoi ce battoir de lavandière?

-Je suis orpheline. J'ai été trouvée par les soeurs le 5/05/1928 au pied du monument de celle qui deviendra ma marraine, il était juste indiqué que mes parents me mettaient sous sa protection et j'ai donc été amenée ici à l'Hospice de la Providence où j'ai été recueillie. Aucun nom n'était indiqué et les soeurs décidèrent de me donner celui de ma protectrice. Un jour, j'étais là toute seule dans cette chapelle quand elle m'est apparue, elle me dit que je devrais vouer mon existence à secourir tous ceux qui en auraient besoin et que je devais connaître le passage secret qui permettait de sortir du Vieux Nice en cas d'invasion de guerre ou de maladie...Mais pour qu'elle puisse me transmettre sa force, je devais m'habiller comme elle. J'ai trouvé ces habits dans la malle d'un grenier que nous devions vider car sa propriétaire était décédée, et le battoir, on en trouve encore dans certains lavoirs du Vieux Nice...

-Je vous en supplie dit Jacques , qui buvait littéralement ses paroles, vous êtes née le même jour que moi, ce ne peut être une coïncidence, vous êtes mon âme soeur, en quelques sorte ma jumelle, abandonnez vos idées et suivez moi, je suis sure que nous sommes fait l'un pour l'autre...Elle comprendra!!!

-Allons dit-elle ne perdez plus de temps, et ce faisant elle porta sa main à ses lèvres et ensuite la posa sur le coeur du jeune homme , puis profitant qu'il était complètement subjugué, elle le poussa dans le trou et avec une force imprévisible, enleva le battoir et repoussa l'autel si vite qu'il ne put rien faire...

-La chute subite et l'obscurité dans laquelle il se trouvait plongé le fit crier si fort qu'il sursautât, faillit tomber...Quand il ouvrit enfin les yeux il comprit qu'il venait juste de rêver, sa passion et sa lecture la veille sur Catarina Segurana avaient induit le reste...

Il resta quelques instants pensif...Et si elle était vraiment venue le visiter, il sentit comme une brûlure au niveau de son coeur...Jamais il ne devrait oublier ce baiser...Et pourtant!!!

FIN

Sources:

Pour l'Hospice de la Providence: Conference faites à l'Académia Nissarda le 16 janvier 1927 par EMANUEL Xavier...

Pour Catarina Segurana: Wikipédia, pour la partie racontée et les dates...

Pour le reste à part la date de naissance exacte du Jeune homme, tout est fiction...Un conte comme la légende de cette Héroïne Niçoise...

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 13:45

Help!!!Help!!!Help!!!

 

Je devrais rire de toutes leurs péripéties...

Je devrais sourire de leur incompétence...

Je devrais pleurer devant tant de bêtise...

Mais je n'ai qu'une seule envie fuire...

Loin, très loin devant leur incompétence,

et le mépris qu'ils ont de la France

et par dessus tout du peuple Français...

A l'heure où tout va au plus mal,

A l'heure où seulement un français sur trois

pourra peut être fêter Noël...

A l'heure où de sordides usuriers

nous spollient sans mot dire de notre A...

A l'heure où les Français devraient

se serrer les coudes devant

une crise grandissante...

Les uns qui essaient tant bien que mal

de s'en sortir, s'enfèrent sur

les modalités du mariage homosexuel...

Et n'arrivent pas faute d'aide à endiguer

le flot ininterrompu des entreprises

qui ferment ou qui qui se délocalisent...

Le taux de chômage augmente

le pouvoir d'achat ne cesse de baisser,

les français ne peuvent plus se soigner,

les français bientôt ne pourront plus manger...

Les autres quand à eux se plantent

des couteaux dans le dos, trichent,

s'insultent, crient a" l'assassin"...

Au mépris de la situation de la France

et de la grande précarité des Français...

Ces mêmes qui quelques temps encore

nous dirigeaient,  se sentaient au dessus

de la crise et des lois, donneur de leçons...

L'un grand Fou inconscient, l'autre se voudrait

une pâle copie du chevalier Bayard...

Personne n'est capable d'aller vers l'autre,

de s'asseoir autour d'une table ronde,

d'oublier ses idées politiques,

juste se réunir et tenter tous ensemble

de sortir de cette crise grandissante...

D'être une fois dans leur vie

mais une fois au moins,

capable d'être de vrais Français

capable d'être  REPUBLICAINS...

 

 

 

 

 

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 20:04

Petit ange de 20 mois tu t'es envolé,

nous laissant là avec nos illusions de te sauver!!

Pourquoi toi...Pourquoi est tu parti 

toi qui t'accrochais a la vie...

Toi qui lui souriais, 

toi qui avait déjà tant enduré...

La maladie a gagné

et tu nous laisses là effondrés...

Que nous restera  t il de ta courte enfance,

des mains essayant de soulager ta souffrance...

Ces mains qui essayaient de te parler

de te dire combien elles te comprenaient...

Si tout à coup tu essayais de tout lâcher...

Ces mains posées sur ton petit corps bouillant

sur ton petit corps si beau , si doux, si blanc...

Elles nous disaient en t'entendant mal respirer

que ce n'était rien, que demain le miracle arriverait...

Mais le miracle n'a pas eu lieu, 

et les Anges sont venus te chercher...

Où que tu sois maintenant Petit Ange sois heureux...

Adieu!!!

 

 

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